J’ai vu le plus beau film de l’Histoire. Et quand on vit une telle expérience, il est normal de le crier à la face du Monde. Ca tombe bien, c’est justement la vocation du cinéma de tout englober, comme Géant. Des grandes étendues dorées aux disputes de salle à coucher. Des relations quasi-incestueuses entre un frère et une sœur, jusqu’au sort des Mexicains, à qui on a tout pris et avec qui il serait peut-être temps d’être gentils. C’est la magie du cinéma de prendre des personnes de 23 ans pour mimer le grand âge, feindre le poids des ans et engueuler des acteurs qui sont plus vieux qu’eux mais qui interprètent leurs enfants. Cette densité narrative et formelle, ces enfants qui chassent les parents du centre du récit, donnent à Géant un mouvement circulaire, comme si le film avait commencé sans nous et était destiné à ne jamais se terminer.

Il y a surtout le bouillonnement de James Dean, à la folie et au cabotinage contenus par les limites d’un second rôle. Et croyez-moi, il me tapait sur les nerfs dans La Fureur de vivre et A L’Est d’Eden. Grande figure tragique de Géant, Jet Rink (Dean) est successivement attachant, troublant, puant. Mais toujours seul, seul, seul. Une incarnation du rêve américain encore plus viscérale que Kane dans le Citizen d’Orson Welle. Surtout quand Jett, l'amoureux dépité, danse sous une pluie de pétrole, luisant, dégueulasse, victorieux. Accueillant les centaines de millions de dollars qui vont autant le pourrir jusqu’à l’os que le rendre immortel. Ou comme le dit l’Oncle, à la fin de la première partie, résumant la dureté flamboyante de ce chef d’œuvre, à qui il ne manque que quelques chevaux et 2/3 colts pour être un western :  "Tu aurais dû le tuer il y a des années. Mais il est trop riche maintenant".

 

Ecrit par Fred Guiol & Ivan Moffat d'après le roman d'Edna Ferber

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