Bon, Thompson était assez antipathique mais là n'est pas la question. Ce qui est intéressant dans ce portrait extrêmement touffu (son amitié avec Mc Govern ferait un superbe biopic), c'est le trou noir du dernier tiers. A un moment, on nous dit que Thompson a eu du mal à se renouveler passé 1975. L'image d'après, on est littéralement en 2002. Alors que le film s'est attaché à démêler le bouillonnement créatif de Thompson entre 1968 et 1974, les 25 années suivantes passent en quelques images à un mec torse nu qui recharge son fusil d'assaut. C'est pourtant dans ces années noires que se noue quelque chose de passionnant : le poids écrasant de l'œuvre sur son créateur, l'abîme que cela crée dans son âme.

 

« Le mythe prend trop de place, je ne suis qu'un appendice » En ayant repoussé les limites de sa conscience et de sa constitution, Thompson a accouché d'une œuvre qui le dépassait. Le rédacteur en chef de Rolling Stone n'en parle pas exactement en ces termes mais les articles plus tardifs de Thompson, ceux du déclin créatif, doivent être vertigineux et fatigants, comme un chien qui court après sa queue durant 25 ans. A défaut de plume, il restait à Thompson, la charge d'entretenir le mythe, jusqu'au bout. En se complaisant dans l'image du maniaque des armes à feux aux sinus rongés, Hunter S. Thompson a fini à l'ombre de lui-même, comme un vieux garçon qui refuserait de foutre le camp de chez sa mère. Dans ces conditions, son suicide de 2005 prend l'allure d'une libération. Ou de la victoire par K.O du mythe, tandis que l'homme en lui déclare forfait, à jamais perdu pour le monde.

Un documentaire d'Alex Gibney

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