A part ce qui se passe avec les personnages féminins (ou les"femelles" comme il l’écrit avec son élégance habituelle), le roman est admirable. De toute façon, c'est toujours beau, Simenon. En raison de cette simplicité fragile, qui a le goût de l’évidence ; avec ces précisions ou répétitions inutiles qui peuvent avoir l'allure du remplissage. Mais en fait, c'est l'inverse : même quand leur esprit s'égarent, on ne perd jamais les pauvres hommes perdus qu'il choisit comme protagoniste. Au contraire, on les suit. Quand il écrit qu’enfant, le personnage principal ne parvenait pas à comprendre comment une lessive bleue réussissait à rendre le linge plus blanc, ça pourrait être comique ou anecdotique comme digression. Mais il y a là, chez ce faux coupable pris au piège, la réminiscence d’une innocence perdue, le choc en retour d’une naïveté poignante. Vous vous souvenez de cette époque où nous étions tous des innocents ?

Chez Simenon, on sent à la fois l’auteur qui tire un peu à la ligne. Qui est dans le contentement de ce qu’il sort de lui et du récit qui se déroule sous ses yeux, parfois à son propre étonnement. Et en même temps, on a l’impression que tout était déjà là, que le roman était destiné à exister. Et cette écriture quasi-automatique prend tout son sens car, quelles que soient ses facilités passagères, Simenon ne fléchit jamais dans sa recherche de "l'homme nu". A la fois, complaisant et intraitable, il dévie parfois mais refuse toute beauté du geste, tout charme du style. Tout au contraire, il rend précieuse l'évidence.

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