Hanté par I Can’t Wait de ODB, j’avais écrit pour Snatch un article sur les derniers jours de sa vie pour Snatch. L’article est encore lisible en ligne ici. A cette occasion, j’ai eu le plaisir d’interviewer Jaime Lowe. Jaime a écrit un livre très attachant sur ODB : Digging for Dirt. Plus qu’une réelle biographie du personnage, c’est une sorte d’enquête sur la folie d’ODB, la complaisance de ses proches et la trace qu’il laisse dans le mainstream. A un moment, il y a également une entrevue sans queue ni tête avec Cappadonna. En tout cas, voici mon entretien original avec Jaime. Digging For Dirt est encore trouvable sur Amazon. Go.

ODB a réussi à être un alcoolique et un drogué "fonctionnel" pendant un long moment. Selon vous, à quel moment a-t-il vraiment perdu le contrôle de sa vie ?

Je ne sais pas exactement. Il y a de nombreux facteurs qui ont contribué à ce qu’ODB perde pied. Je dirais que la situation s’est vraiment aggravée entre ses deux albums solos. D’ailleurs, ça s’entend dans les albums en question. Mais sans être ODB, c’est dur dire. Beaucoup de comportements considérés comme anormaux ne l’ont jamais été à ses yeux.

Vous écrivez qu’ODB a peut-être utilisé les drogues dures comme auto-médication face à une maladie mentale qui empirait.

Oui, quand je l’ai rencontré, il m’a semblé déprimé, apathique. Il m’a même dit qu’il avait perdu tout désir de vivre. Il semblait profondément découragé. Sa longue peine de prison a sûrement été un déclencheur : il n’a pas été correctement soigné ou pris en charge et cela a pu aggraver son état. En tout cas, d’un point de vue extérieur, il souffrait et cela m’a marquée.

La relation entre ODB et le reste du Wu-Tang a toujours semblée chaotique. Vous n’en parlez jamais explicitement mais on devine que son comportement erratique a contribué à le séparer du Wu-Tang.

ODB était séparé de nombreuses partie de sa vie et le Wu-Tang était juste l’une d’elle ! De nombreux membres du Wu m’ont dit qu’ils se sentaient toujours connectés, même s’ils ne lui parlaient pas régulièrement. Je n’ai pas évoqué en profondeur cet aspect car cela fait partie de toute la dynamique du Wu-Tang : ils sont en flux constant ! Lors des concerts, il manque parfois jusqu’à la moitié des membres du groupe, il y a toujours des bagarres internes. Et sur ce point, ODB n’était pas spécial !

Pensez-vous qu’on se souvient de lui pour de mauvaises raisons ?

Non, je pense qu’il était un artiste incroyable : un vrai MC et une bête de scène. Il avait de la personnalité, un style, un flow. On se souvient aussi de lui pour ses frasques mais cela ne devrait pas éclipser son talent. C’est un des grands du hip hop et on devrait se souvenir de ça en premier.

Vous écrivez d’ailleurs que l’écriture d’ODB fait penser à l’abstraction de James Joyce !

Oui, une grande partie de son style vient de sa manière de jouer avec des sons gutturaux, des onomatopées. ODB peut communiquer une émotion en répétant « Shimmy Shimmy Ya » ! C’est son interprétation qui crée l’émotion. Mais il est aussi capable de lyricisme plus complexe, notamment quand il multiplie les rimes internes. Je pense à "Yo! I come with that ol’ loco, style from my vocal, couldn’t peep it with a pair of bi-focals." Comme Joyce et beaucoup de romanciers post-modernes en général, ODB mariait une écriture complexe avec des onomatopées ou sonorités qu’il parvenait à incarner et à rendre signifiantes.

Et quelle est votre chanson préférée de lui ?

Dur à dire ! J’adore son premier album, du début à la fin. Et j’ai toujours eu un faible pour sa collaboration avec Mariah Carey sur Fantasy.

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