La redécouverte littéraire de Pierre Bost se poursuit grâce à François Ouellet. J’ai déjà expliqué pourquoi j’aime tant les autres ouvrages de celui qui deviendra le coscénariste de Jean Aurenche. Avec Faillite, ce qui tient de sujet est très simple : un patron nommé Brugnon tombe amoureux d’une de ses employées. A partir de là, quelque chose se détraque. La chute est indiquée dans le titre. Elle est inéluctable. Cette passion ôte paradoxalement tout son sens à l’existence de Brugnon et Bost observe de tout là-haut cet être qu’il connaît intimement. Pourtant, sa distance n’est jamais cynique. On devrait plutôt parler de la froide délicatesse d’un horloger qui, penché sur son établi, s’attache à découvrir ce qui fait se mouvoir les aiguilles d’une montre, ou grippe leur mouvement à jamais. Derrière ce mécanisme, il y a surtout ce que Bost nous raconte à peine : l’enfance de Brugnon, ses parents et ces fausses certitudes qu’on lui a léguées. Se dessine alors le portrait d’un homme qui était bancal de longue date. Qui, sans le savoir, n’attendait qu’un coup de vent pour se fêler. En pur moraliste, Pierre Bost nous édifie pour mieux nous prévenir : ce qui nous détruira un jour est déjà là, à l'oeuvre. En silence. 

Edité par la Thébaïde

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