Allez, je me sens moralement obligé de l'avouer : j'ai bien aimé Fortune & Glory de Brian Michael Bendis. Pourtant, on y trouve tous les tics qui m'ont toujours horripilé chez lui. Pire, Bendis lui-même est le héros de cette BD et il est présent à toutes les pages, à nous servir son exubérance arrogante. Mais allez savoir pourquoi, j'ai quand même bien aimé.
Et je me dis même que c’est dans l’autofiction que Bendis est meilleur. Quand il met en scène des personnages, on n’entend que lui dans les dialogues. Derrière les bulles, il est là, à brailler, à vouloir être écouté, admiré, aimé. Forcément, ça gêne la lecture. Rien de tout ça dans Fortune & Glory, puisque le héros, c’est lui. Et avec cet album, il prouve qu’il ne sait rien faire de mieux que de nous vendre une vision fantasmée de lui-même en auteur génial à la répartie parfaite. Ici, plus précisément, il nous fait le récit de ses problèmes à Hollywood, où deux de ses projets ont été développés sans jamais voir le jour.  Avec clarté, humour et un reste de regard d’enfant pas déplaisant, il nous explique pourquoi ses deux scénarios ont végété et, au passage dit un paquet de trucs assez lucides sur la dictature des chiffres (forcément faussés), les gens qui brassent du vent en multipliant les rendez-vous ou de ces réputations, qui naissent souvent de malentendus.
Ah, pour info, on y apprend aussi qu’Hollywood n’est qu’un gigantesque ogre broyeur d’ego et avide de chair fraîche. Mais en fait là, j’extrapole. Car comme Bendis n’a pas envie de se cramer avec les personnes qu’il décrit, il ajoute un "Mais il est quand même super sympa, celui-là !" après chaque commentaire vachard. Et comme il ne veut pas trop non plus se moquer de lui-même  (l’autodérision, ça va un moment ; il a quand même un standing à tenir), on tombe dans un récit distrayant, vraiment drôle mais désespérément inoffensif. Un pamphlet sans cible ; c’est comme un crime sans victime, juste une vue de l’esprit. Bref, on est loin du brûlot ravageur annoncé sur Amazon, mais au moins, cette fois, je n’ai pas ouvert ma fenêtre. Sacré Bendis.

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