Chers amis, il se passe en ce moment quelque chose de formidable dans le désintérêt le plus total. Aujourd’hui, quelque part à South Jamaica, Lloyd Banks continue à rapper, comme une bougie qu’on a oublié d’éteindre dans une chambre close. Peu importe les bides de G-Unit, l’effondrement du disque, l’avis du décès du rap de New-York, Banks enchaîne les mix-tapes de come-back sans qu’on sache trop pourquoi.

 Moi le premier, je n’ai jamais estimé Lloyd Banks, à part pour le dernier titre de Hunger For More (j’en parlerai dans un an ou deux) mais ses efforts pour se reconstruire un buzz lui ont valu ma sympathie. Avec sa série de tapes, des produits frais hautement périssables mais très agréables sur le moment, il réussit même à provoquer mon enthousiasme. Sans même essayer d’insuffler un peu d’âme à ses punchlines, Lloyd Banks déroule, comme si sa vie en dépendait, un flux tendu d’assonances et de rimes à tiroirs sur des instrus très bien choisies (Alchemist lui va bien) qu’il ne lâche pas d’une semelle. Et c’est ainsi pendant les 45 minutes de chacune des trois tapes qui, cumulées, lui permettent d'emporter l’adhésion à l’usure. Alors Banks renvoie peut-être à une conception dépassée du rap (chez lui, il est plus question de métrique et de rythmique que d’aura et charisme), mais moi ça me repose de toute l’extravagance ambiante. Pour le reste, il n’a pas changé et donne toujours libre corps à son époustouflant sens du détail et de la paraphrase pour nous parler de son argent, des diamants à son poignet et des groupies qu’il se tape. Mais a-t-il encore des groupies et de l'argent ? J'avoue que cette question contribue à mon intérêt pour les mixtapes : j'attends encore patiemment le morceau où il avouera qu'il est dans la dèche. Je pense que ce n'est pas pour tout de suite. Incapable d’émouvoir (l’hommage à sa grand-mère paraît désincarné), Lloyd Banks embarrasse par ses déclarations improbables ("09 is mine !") mais rassure par son sérieux d’artisan et son amour du travail bien fait. En plus, on peut dire ce qu’on veut mais quand même, l’ex-Boy Wonder sait rapper. Et visiblement, il est prêt à continuer jusqu’à ce que la lumière s’éteigne.

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