"Eh les gars ! Si on prenait du LSD avant de s’habiller en super-héros et de descendre dans la rue pour tuer tout le monde ?". C’est à peu près le postulat de base de D.I.R.T., le dernier album de Heltah Skeltah, orgie de rimes mesquines, de name-dropping pervers et de flows lubriquement techniques. J’aime beaucoup.

 Pourtant, la rédemption de Sean Price m’avait laissé de marbre. Et je parle même des morceaux où il raconte qu’il est fauché, hein. Ses deux derniers albums pouvaient au mieux flatter la veine nostalgique de ceux qui avaient écouté le Boot Camp à l’époque de sa gloire, mais l’ensemble demeurait assez raide et encore trop sérieux. Ici, c’est autre chose. Price retrouve Rock, son compère d’Heltah Skeltah (deux albums en 96 et 98, que je n’ai jamais écoutés) et leur réconciliation prend des airs de grande séance de régression. Ces deux-là ensemble sont des putains de sales mômes qui crachent par terre, foutent le feu aux vieilles dames et jettent des parpaings aux rappeurs plus riches qu’eux. Dès Everything is Heltah Skeltah, au refrain ridicule mais entêtant, on comprend qu’ils enchaîneront les vannes gratuites (sur Rihanna, Macy Gray, Rick Ross, Eminem ….), histoire de rééquilibrer la balance du Bien. Dans ce chaos, qui est qui ? Rock, le chant d’outre-tombe ? Ruck, la voix nasillarde ? Peu importe, vu qu’ils passent tout l’album défoncés à l’hélium, les voix déformées dans un immense écho cartoony. Avec son ambiance potache sur fond de symphonie de blockbuster, l’album a ses monts et vallées et j’ai franchement du mal à l’écouter d’une traite, malgré 6 ou 7 titres, plus qu’excellents. Mais quoiqu’il arrive, il restera toujours D.I.R.T. (que j’appelle "la chanson où ils mettent leur costume avant de partir au combat") pour me donner envie de marcher sur Tokyo en ruines avec le sourire, tel Godzilla un soir de réveillon. Ne me demandez pas pourquoi, ça m’est venu tout seul.

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