On commence par un morceau de transition pour faire le lien avec la dernière fois.

 

Plead For Your Life  D12 & Royce Da 5’9’’ : Souvent, la dèche, ça rapproche. Là encore, on peut sentir toute la colère subliminale de mon copain Royce, réduit à fraterniser avec ses anciens ennemis, deux membres anonymes de D12. Au moins, ça donne du carburant supplémentaire à son couplet, boosté par les imprécations de DJ Young Mase (une sorte de DJ Drama du pauvre, apparemment). J’aime beaucoup le discret sample vocal, caché quelque part dans la prod.

 

No Matter What  T.I. : L’un des rares titres dans lesquels on peut attribuer à T.I. une quelconque épaisseur. Enfin, je ne suis pas sûr mais je lui laisse le bénéfice du doute. Enregistré en plein dans ses tourments judiciaires, ce titre est imprégné d’une mélancolie pudique qui réussit à me toucher. "Tout est perdu d’avance mais n’en laissons rien paraître, et même si j’ai tout gâché, on fera à tout jamais comme si de rien n’était", en gros. Postulat qui donne toute sa force au morceau mais qui révèle aussi les limites de T.I. Comme d’habitude avec lui, c’est le producteur (ici Danja) qui fait une grosse partie du boulot grâce à une rythmique étrange, qui évoque une sorte de longue chute au ralenti. Mon seul souvenir clair de Paper Trail, à vrai dire. Par charité, je vous ai épargné le lien vers le clip, gâchis cosmique du morceau.

 

Ride For My Niggas Lil’Wayne : Le titre qui m’a permis de comprendre Lil’Wayne, à défaut de l’aimer passionnément. Tout ça à cause de cette phrase “And when I was five my favorite movie was The Gremlins/Ain't got shit to do with this but I just thought that I should mention”. Aveu freudien ? Lil’Wayne, c’est exactement ça : un rappeur baby-boy exposé à la lumière du soleil et à qui on a donné à manger après minuit. Ce qui donne ce qu’on en voit actuellement : une sorte de monstre en décadence perpétuelle, avec le timbre vocal d’un prince changé en crapaud et la durée de vie d’un cachet d’aspirine effervescent. On dit souvent que Lil’Wayne est un rappeur de l’instant, dont les mixtapes sont meilleures que les albums. Dans ce cas-là, The Drought 3 est son Blueprint.

 

UGK, The Story  Bun-B : La maturité dans le rap, c’est beau quand ça sert à ça. Bun-B raconte vingt ans de carrière dans la musique avec la lucidité du vétéran : les managers malhonnêtes, les problèmes avec le Fisc, un partenaire de moins en moins stable, les faux départs et les courtes victoires ... tout se déroule avec fluidité, tact et un très bon sens du récit. Rien que pour le moment où Bun B tombe à genoux et implore le Tout Puissant de lui donner la force de surmonter les épreuves de la vie, je me dis que cette chanson mériterait d’être adaptée en film.

 

I’m From The Ghetto The Game, Jadakiss, Trick Daddy, DJ Khaled : Extraordinaire chant de Noël du ghetto, plein de bons sentiments, d’amour et d’unité. Les trois rappeurs ci-dessous célèbrent la crasse et la misère avec plein de dévotion dans le cœur, pendant que DJ Khaled répète les mêmes choses que d’habitude. "Je faisais croire  à ma mère que j’étais parti chercher un job mais en fait, j’étais dans le magasin de disques à chercher le dernier album de Nas", nous avoue The Game. C’est simple, c’est plein d’innocence de l’enfance comme un épisode du Petit Nicolas qui se déroulerait à Compton, et en plus ça sonne tellement vrai …  Mais attendez, je pensais que The Game n’avait commencé à écouter du rap qu’en 2001 ?

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