Je ne prétends pas faire la chronique définitive de cet album, je n'ai ni le temps, ni l'énergie, ni l'envie de le disséquer. En plus, j'ai le sentiment que The Padded Room renferme une part de mystère qu'il convient de préserver. Car comment expliquer le fait que, malgré des prods oscillant entre le cheap & le kitsch, un mix brouillon, une faute de goût olympique (le morceau avec The Game), ce disque me plaise autant ? Peut-être parce que dans la majeure partie de The Padded Room, Joe Budden fait sécession avec la réalité. Contrairement à ses grandes heures de la série Mood Muzik, il ne s'agit plus pour lui de raconter son endurance à l'adversité, ses problèmes avec son label ou avec la mère de son gosse. Non, Joe Budden ne parle que de lui, de son esprit ostensiblement torturé, des visions d'horreur de la dépression (Exxxes), des traquenards planqués dans son sommeil paradoxal (In My Sleep), des remords qui viennent le tourmenter d'une voix divine (Pray For Me), des souffrances qu'il s'inflige autant par plaisir que par habitude … Et quand il pulvérise Prodigy sur un air de 2pac (Blood On The Wall), dans une chanson qui n'a rien à voir, on peut se demander ce que ça fiche là. C'est peut-être juste son esprit auto-destructeur qui s'égare ou la réalité qui se rappelle à lui, mais peu importe après tout.

On pourrait dire que l'album aurait été mieux s'il était sorti chez un label avec un peu plus d'argent, histoire d'enrober ces litanies de plus jolies musiques. Mais non, car si Joe Budden avait été sur un plus gros label, il n'aurait sûrement jamais raconté ça. Il aurait sûrement pondu d'autres nullités comme The Future, Touch And Go ou Gangsta Party. Mais perdu dans son label de niche de Philadelphie, Joe Budden semble s'adresser à un public clairement identifié : les membres de son forum de fans et quelques types disséminés par-ci par là. Comme si la petite taille de son public encourageait les confessions les plus impudiques. Comme si son absence de succès était le seul réel carburant de son talent particulier.

A la fin du disque, Dieu lui dit ces mots "I never give a person anything they can't handle". Le message que Joe s'adresse à lui-même est clair : arrête de chialer, tiens bien droit sur tes pieds & repars à l'assaut du monde.  Le temps des dernières secondes de l'album, on a envie de croire à un happy end pour Joe. Pure illusion : Joe Budden n'a pas envie d'être heureux et il sait que ses auditeurs n'ont pas du tout envie qu'il le soit. Ca se trouve, c'est même pour cette raison qu'il a saboté son album. On sait donc d'emblée qu'il reviendra bientôt se plaindre dans nos oreilles. Vivement The Great Escape.

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