Un scénariste dont j'ai déjà parlé disait quelque chose de très juste sur les acteurs : quand ils sont bons, au-delà de leur seul talent, ils amènent au film une empreinte indéfinissable qui tient à plein de choses (leur passé, les rides de leur visages, leurs frasques personnelles) et qui le nourrit d’une vie que le scénario n’avait pas prévu. Pour Whatever Works, je pousserais la logique en disant que c'est presque autant un film de Larry David que de Woody Allen.

David, autre new-yorkais névrosé a poussé dans l'ombre du maître, jusqu'à jouer les silhouettes dans Radio Days et Le Complexe d’Oedipe, avant de devenir l'âme créatrice de Seinfeld. Dans ce show à la fois futile et existentiel, le meilleur pote du héros était, selon Jason Alexander son interprète, un croisement entre Woody Allen et Larry David himself. Et en 2009, David est chargé d'incarner une variante d’Allen dans Whatever Works. Ici : un physicien suicidaire qui saute par les fenêtres, se lave les mains 12 fois par jour et engueule les gamins de 8 ans comme du poisson pourri. Pourtant, David déborde du cadre imposé. Sans bouder son plaisir, il boîte comme un dératé, grogne, gémit, part dans les aigus pour des tirades délirantes, mi-Costanza, mi-Groucho Marx, amenant à son rôle de post-suicidaire une agressivité qu'on ne connaissait pas à Allen. Ce qui donne son meilleur film depuis des lustres. C’est vrai, j'avais beaucoup aimé Le Rêve de Cassandre, mais c'était quand même en dépit de Collin Farell….

Ne fantasmons pas : le script date de bien avant Seinfeld et Larry n'a rien eu à y faire. Mais sa seule présence donne un coffre supplémentaire à Whatever Works qui aide à gober la morale finale gentiment bateau (le bonheur est à une portée de main, suffit de tomber sur la personne). Et même quand David s'efface et passe le relais à la lumineuse Evan Rachel Wood (si cette fille ne fait pas une grande carrière, ce sera un scandale), son personnage de suicidaire poseur est indissociable du ton du film : grincheux, moqueur, nostalgique, mais avec un bon fond. Léger comme une brise d’été, Whatever Works est un enchantement. Derrière chose : dans l'épisode de Seinfeld The Revenge, le personnage de Newman (facteur dépressif) menaçait de se jeter par la fenêtre, avant de mettre sa menace à exécution en fin d’épisode. Il n’apparaissait jamais à l’écran mais, on entendait sa voix à la toute fin. Cette voix, c’était celle de Larry David. Ne me dites pas que c'est pas le destin.

Tag(s) : #Brèves cinéma
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