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Patrick Goujon est déjà familier des lecteurs de ce blog. Pour ceux qui connaissent son travail, son dernier roman A L’Arrache, est un peu la photographie en négatif du précédentDans Hier Dernier, le poids des souvenirs était tellement pesant pour le narrateur que ça réduisait le présent à un post-scriptum angoissé.

 

"A mon sens, la dépression n'est pas nourrie uniquement par des sentiments ou des souvenirs noirs. Plutôt par des contrastes, des hauts et des bas, où, à l'image du roman, les meilleurs souvenirs sont nostalgie et les moments difficiles sont au présent ou à venir" (Last Mag 24). Dans A L’Arrache également, les souvenirs reviennent sans prévenir, les temporalités se chevauchent (peut-être un peu trop), les chapitres débutent sur des fins de discussions et le récit marche la tête en bas. C’est d’ailleurs parfois un peu gênant. La structure éclatée nuit à la continuité émotionnelle du narrateur, instaure une distance entre lui et nous et c’est dommage : quelque chose de plus linéaire aurait facilité l’empathie. Ce n’est toutefois pas que pure coquetterie. Comme dans Hier Dernier, l’enchevêtrement passé/présent a un sens. Sauf qu’ici, ce passé envahissant semble être au contraire une raison de continuer à vivre. Car après tout, ce bonheur ressenti un jour, cette plénitude aussi fugace que lointaine, si elle nous est tombée dessus 1, 2, 3 fois, elle finira bien par revenir, non ? Et même si la foudre frappe à côté et qu’un enfant de 8 ans est émerveillé à notre place, ça rejaillira quand même un peu sur notre petite carcasse. A l’Arrache réussit à paraître aussi ciselé dans son écriture et sa structure que spontané dans son propos, toujours pris entre deux émotions, à la fois triste et plein d’espoir. La fin du livre laisse sonné, mélancolique, avec de la compassion pour ces bourreaux qui ne rient jamais. Et avec cette question qui trotte dans la tête : et si la transmission était la seule bonne raison de tenir ?

Tag(s) : #Blog
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