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Critiquez-moi si vous voulez mais j’aime bien The Solution. C’est vrai, c'est un album avec une jambe plus courte que l’autre. Un album avec une fausse légèreté et un tempo de nouveau départ auquel on ne croit pas. Mais ce qui mine l’album d’entrée, lui donne, au fil des écoutes, une vraie densité. En fait, c’est la réponse idéale au crépusculaire The B-Coming (j’en parlerai un jour où je me sentirai de taille), dans lequel Beanie Sigel passait les portes du pénitencier, soutenu par tous ses proches. Fondu au noir. The Solution, c’est donc sa sortie de prison. Sauf que deux ans ont passé et que ça a été l’exode en son absence. Exit Damon Dash, State Property, Just Blaze et Kanye West. Reste Jay-Z qui regarde déjà ailleurs dans un couplet qu’il a dû envoyer à Beanie par e-mail. Beanie Sigel se trouve donc tout seul à tenter une reconquête mainstream qui n’a jamais été son fort. Puffy passe chanter un mauvais refrain, R. Kelly est un peu trop à son aise et Styles P est bien gentil mais on se dit que Beanie devrait être avec ses collaborateurs de toujours plutôt qu’avec ses amis de circonstances. 
 
Heureusement, très vite, le vernis glamour (mais un peu cheap quand même) se craquelle. L’excellent What They Gonna Say To Me met à jour une triste réalité : Sigel a plus d’osmose avec un scratch de Jay-Z de 2003 qu’avec ce même Jay-Z en 2007. Et en parlant de sample, arrive Dear Self, reprise de James Blunt qui met à jour tout le malaise de l’album. Dear Self fait imploser tous les autres titres, les pseudos-singles auxquels on n’a pas cru, les invités pas très investis, la bonne humeur de façade. Sigel fait en réalité son meilleur duo en tête à tête avec lui-même, en maillot de corps face à son miroir. Et il se jette au visage ses propres erreurs : l’argent gâché, les conneries accomplies (il a continué depuis), les proches partis, le refus d’assumer ses responsabilités. Ce seul titre fait de Solution une lente montée en puissance vers la catharsis du Broad Street Bully.
 
Ce sera la dernière trace de clairvoyance de Beanie Sigel. Depuis, même s’il rappe de mieux en mieux (avec Wale, Raekwon, Asher Roth …), sa carrière lui a complètement échappé. Il s’est laissé instrumentaliser par 50 cent pour une attaque assez embarrassante contre Jay-Z. Un 50 cent qui l’a  d'ailleurs oublié juste après la sortie de son dernier album. Livré à lui-même, dépassé par ses anciens poulains qui ont bien plus de jugeotte que lui (Freeway, Young Chris), Beanie Sigel semble  tout juste bon à ressasser son passé, incapable de tirer les leçons des erreurs qu’il avait pourtant admises sur disque. Il y a des confidences dont on ne se remet pas.
Tag(s) : #Un peu de rap