La vie est ainsi. Vos amis changent et au bout d’un moment, vous vous dites "mais qu’est-ce qu’on fout ensemble ?". Il m’est arrivé la même chose avec le magazine XXL qui a perdu tout ce qui faisait son charme en quelques années. J’ai quand même acheté le dernier numéro par faiblesse morale et, pour une fois, je ne le regrette qu’à moitié. On y trouve un article au concept tellement enthousiasmant que je ne peux que pardonner la faiblesse de l’exécution : la disparition progressive du bloc-notes dans le folklore du rappeur. XXL revient sur la ringardisation de cet outil de travail. En effet, avant, il était bon de sentir la sueur et les ratures dans les couplets d’un rappeur mais depuis quinze ans environ, la désinvolture et la nonchalance sont les valeurs porteuses. Conséquences ? Le bloc-notes tombe en désuétude et désormais les rappeurs ont d’autres méthodes de travail (Blackberry, mémorisation des couplets sans passage par le papier etc…). L’article ne fait que la moitié du travail en documentant très bien cette évolution mais oubliant d’analyser son influence sur la construction des couplets, le boom de l’écriture automatique, l’atomisation des thématiques évoquées etc… Je suis sûr qu’un universitaire qui s’ennuie aurait pu faire un mémoire très intéressant sur le lien entre la disparition du bloc-notes et celle des morceaux de storytelling. Tant pis.

 

Tout ceci forme la base d’une réflexion stimulante sur le lien entre outil de travail et production intellectuelle. J’adorerais lire un dossier sur l’influence de la disparition de la machine à écrire sur les scénarios de film. Comme on le dit, dans notre documentaire, Jean Aurenche écrivait tous ses scénarios à la main. Avec l’évolution des rythmes de travail, serait-ce possible aujourd'hui ? J’aimerais bien que quelqu’un enquête sur le sujet. Sinon, le XXL est toujours en kiosques mais honnêtement, vous pouvez vous en passer.

 

Ce billet a d’abord été écrit à la main

 

 

 

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