Ed Brubaker est un des scénaristes de comics les plus intéressants du moment. Ces intrigues sont respectueuses des conventions, mais  le ton de sa narration donne un nouveau vernis à des schémas bien essorés. Captain America Reborn, derrière son intrigue générale, liée à une saga que je n’ai pas suivie, est aussi une réflexion très juste sur l’aspect cyclique  du médium.

 

En gros, le héros est censé être mort sauf qu’il est, je ne sais pas très bien pourquoi, coincé dans son propre corps, quelque part dans le temps. Et il revit, en lecture aléatoire, les moments-clés de ses aventures. Alors qu’il revit ses origines (le super-serum, le savant assassiné etc…), les pavés narratifs dépeignent un héros résigné qui prédit avec une case d’avance leur déroulement. Au moment du meurtre de son ami savant, il sait qu’il peut empêcher ce trauma fondateur mais il sait aussi que son mythe personnel en pâtira. Alors, il laisse faire, et sous ses yeux, le scientifique se fait tuer une fois de plus. Libre arbitre, fatalité, respect du statut-quo : le dilemme de Captain America est le même que celui des scénaristes de comics qui doivent sans cesser nous raconter les mêmes histoires en nous faisant croire qu'elles arrivent pour la première fois. Car comme l'a dit Stan Lee : "notre rôle n'est pas de  donner du changement au lecteur, mais juste de lui donner l'illusion du changement". Alors Captain America soupire, avant un énième retour à la case départ. Et Brubaker, malin, fait dire au méchant de service, Norman Obsorn, une phrase qui résume   tout : "Pas de ça avec moi ! Ici bas, tout le monde meurt une ou deux fois".

 

Captain America Reborn (Brubaker, Hitch & Guice) - Panini Comics

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