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"Dry, je t’ai toujours connu respectueux mais t’as dû t’habituer au quartier en mode crapuleux. Tu y as laissé une part de toi-même derrière tes sourires et je devine quand même la rage derrière tes fous rires"

Kery James, Marqués à vie

A l’époque, quand je faisais des interviews ou autres, j’étais content de croiser Dry. Il était courtois et souriant, malgré ce qu’on connaît : les histoires de rue, les membres d’Intouchable décédés et l’odeur de souffre qui suivait le groupe. Soutien du 113, de Rohff ou Kery James, Intouchable est légendaire sans jamais avoir connu le succès en son nom propre. Ce doit être usant à force mais Dry gardait ça pour lui. Sans être devenu une superstar, il connaît aujourd'hui une période faste puisqu’il est signé sur le même label qu’un groupe de rappeurs "polis et souriants" : Sexion d’Assaut. Et ce soir-là, au concert privé de Dry organisé par Trace TV, l’ambiance était étrange. Des ados de 17 ans en t-shirts Wati-B (la marque du groupe) côtoyaient des anciens figurants du clip de Pour Ceux. Le contraste était le même sur scène et j’avais parfois l’impression que les facettes de sa carrière s’emboîtaient mal. Démon One et le groupe de Choisy-le-Roi Assoce de Malfrats ont ainsi partagé la scène avec Vitaa et à Maître Gims. Grand écart intenable ?

 

Peut-être pas pour Dry. Déjà à l’époque de la Mafia, il se distinguait par son flow quasi-chantonnant, ses petites roulades et ses assonances, qui n’étaient pas trop dans les habitudes de la maison. On n’y prêtait pas forcément attention ; et je ne sais pas si les ados qui ont sautillé sur Wati By-Night, se sont attardés sur lui, mais il est encore là. De même, malgré sa discrétion, sa présence sur un grand nombre de classiques du rap français est aujourd'hui incontestable : Le Combat continue, L’Amour est Mort, Les Princes de la Ville, le Code de l’Honneur, La Fierté des Nôtres, jusqu’à Ouest Side de Booba et aux blockbusters de la Sexion. Je me dis que plusieurs anciens rappeurs français du début du siècle doivent observer son parcours avec regrets et envie. Il ne s’agit pas d’argent ou de célébrité, juste de pouvoir, continuer à exercer son métier quinze ans après. Ces jours-ci, Dry assure les premières parties de Sexion d’Assaut dans des Zénith gigantesques. Il chauffe des salles qui ne lui sont pas destinées mais bien sûr, comme tout artiste, il aspire sûrement à mieux. Ma Mélodie, son dernier single, parle justement d'une carrière "qui fait de l'autostop" et d'un rappeur "dans la lumière, une fois sur deux, tel un stromboscope". Puis il y a cette phrase en guise de happy-end possible pour un artiste que les anglo-saxons qualifieraient "d'industry journeyman" : "Pourvu que ma mélodie fasse le tour du monde" ... Assez improbable, avouons-le. Mais sur le moment, au Divan du Monde, j'avais envie d'y croire. Dry a déjà déjoué tous les pronostics, alors pourquoi pas ? Comme il le chantait dans le temps avec ses potes : tout est possible.

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