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Souvenirs et Polémiques de Léon Daudet (1867-1942). Journaliste adepte de l’injure et de la calomnie. Membre de l’Action Française. Député royaliste. Antisémite plus que convaincu. Et fils d’Alphonse, bien entendu. C'est vrai, le personnage a beaucoup de raisons d'être antipathique.  Et sur 1280 (oui, oui) pages, il a de nombreuses occasions de l'être. Mais si on arrive à mettre de côté les références obsessionnelles à "la juiverie sémite qui corrompt notre pays" (le pléonasme est de moi), ces écrits valent le coup d'être parcourus. Daudet radote et réécrit à son avantage toutes ses querelles mais quand même, on sent chez lui le talent du tribun qui écrit debout au balcon, avec la voix qui porte. Pour tous ceux qui aiment la IIIeme République (amis de René Rémond, je pense à vous), les scènes de vie et les portraits se bousculent : l'enterrement de Hugo, les régimes de Zola, la vie sexuelle d'Aristide Briand, les directeurs de journaux et les hommes politiques du début du XXeme siècle sont racontés dans une langue pleine d'outrance et d'oralité. La clameur de l’Assemblée Nationale, les duels à l’épée où on s’embroche pour un mot de trop dans une gazette … à chaque fois, Daudet enjolive, mais derrière ces mensonges, subsiste quand même le sel d’une période encore à cheval sur les codes du XIXeme siècle. Et ça fait de ce pavé un authentique document d'époque. Quant au reste et aux divagations sur "l''odeur fétide des Juifs" (due selon Daudet à un mauvais système digestif), ça ne les rend pas plus tolérables mais c’est au moins à l’honneur de l’éditeur (Robert Laffont) de les avoir laissées en l’état, par honnêteté intellectuelle. Et ça permet au moins de voir, loin des phrases toutes faites du début de cet été, ce qu'était VRAIMENT une "certaine presse des années trente".

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