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Hier soir, je devais regarder Sous le Sable de François Ozon mais à la place, j’ai préféré faire diminuer ma pile de lectures en retard avec le dernier tome de Gotham Central. L’une des histoires touchait au grand-guignol (un flic brûlé se transforme en une sorte de Hulk…) mais comme d’habitude, deux choses m’ont enthousiasmé.  Déjà, les apparitions de Batman, soudaines, décadrées, toujours hors de notre champ de vision. Batman reste au second plan, quelque part entre deux cases puis finalement se dissout dans l’ombre. Mieux qu’aucun autre procédé, ces pages permettent d’imaginer ce que c’est pour ces flics d’avoir à subir les allées et venues d’un gaillard en kevlar.

Tout aussi intéressante, la forme des intrigues. Dans les grandes salades sur la dramaturgie, on nous dit pour fonctionner, le protagoniste doit être ACTIF, résoudre lui-même ses objectifs et ne laisser la place à aucun élément extérieur. Pas de ça dans Gotham Central. Les scénaristes Rucka & Brubaker nous montrent des flics qui pataugent, s’enlisent dans des fausses pistes et tout ça pour voir Batman arriver quelques pages avant la fin et leur voler la vedette. Cette passivité pourrait les rendre ennuyeux mais c’est le contraire qui se produit. Otages de leur statut de pantins, ces filcs trouvent leur salut ailleurs, dans des résolutions plus émotionnelles que réellement dramatiques : une lesbienne latino se réconcilie avec son père devant un cadavre ; un couple de flics marche sous la pluie, main dans la main… Message subliminal : le bonheur est ailleurs que dans son métier ? Peut-on être heureux sans être utile ? Sans jamais répondre à ces questions, Gotham Central inaugure un genre nouveau : le comic-book d’ambiance.

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