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J’ai brièvement rencontré le cinéaste Jacques Baratier en octobre 2009 lors de la préparation de notre documentaire. A plus de 90 ans, il était en plein re-re-montage d'une nouvelle version son film Désordre, entamé en … 1950 et devait le présenter en décembre dans un festival. Il est décédé quelques semaines après. C’était donc particulièrement touchant d’assister à la projection du documentaire que Diane Baratier a consacré à son père.

Loin d’un objet audiovisuel policé, Portrait de mon père est presque le récit d’un après-midi avec Jacques Baratier, obsédé du contrôle. Dictant à sa fille ce qu’elle doit filmer, Baratier critique le cadre, prévoit les raccords à l’avance, reformule les questions de sa fille et n’abandonne jamais le pouvoir ("On va refilmer cette réponse devant un fond blanc !"). Dès lors, il est touchant de voir Diane Baratier se débattre tant bien que mal avec une double autorité : celle du père et celle du réalisateur. En cours de route, elle réussit  tout de même, doucement, sans jamais prendre frontalement l'ascendant, à faire le récit de la carrière éclatée de son père. Une carrière marquée par les films perdus, le manque d’argent, la liberté des formats. Et l’homme, apparaît très humble derrière son côté autoritaire et son franc-parler. Capable de dire à son ami Audiberti que son roman est très mauvais et qu’il vaut mieux en faire un film, Baratier donne en même temps un image assez mélancolique de son propre travail : "Je n’ai pas d’œuvre. Il n’y a que des moments. Et certains sont plus vrais que d’autres", dit-il en substance. Ces moments, vous pourrez les retrouver à la rétrospective organisée à la Cinémathèque française, à partir du 9 février. Ce très beau documentaire figure également au programme, aux côtés du Beau Désordre, sur lequel Baratier travaillait donc encore en 2009, afin de lui donner une nouvelle forme.  Comme s'il avait pris au pied de la lettre le fameux adage qui veut qu'on n'achève jamais une oeuvre d'art, mais qu'au mieux, on l'abandonne.

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