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Publiée en décembre 2011 - Propos recueillis par Stéphanie Rouget
 
Quelle a été la genèse du Cinéma de Boris Vian ?
Yacine : L’envie du film est venue à la base d’une grande passion pour l’œuvre de Vian. Pas spécialement ses romans d'ailleurs (c’est venu plus tard), mais plutôt ses travaux annexes : ses poèmes, ses revues de presse pour la revue Jazz Hot, son journal intime "à rebrousse poil", ses nouvelles et … ses scénarios et articles sur le cinéma. Très tôt, Boris Vian a été associé au cinéma dans mon esprit, alors que c’est vrai que ce n’est pas forcément la chose la plus évidente quand on pense à lui.
Alexandre : On travaillait déjà sur notre documentaire autour de Jean Aurenche quand nous avons commencé à réfléchir au projet sur Boris Vian. Ce qui nous a plu, c’était que c’était une démarche inverse à celle du film précédent. Pour Jean Aurenche, écrivain de cinéma, on partait d’une filmographie immense (plus de 80 scénarios tournés) et d'un parcours impressionnant mais dont il ne fallait garder que les éléments qui nous paraissaient essentiels. Pour Boris Vian et le cinéma, on a dû au contraire construire un récit cohérent à partir d’éléments épars (des rôle dans des films, des articles, des scénarios non tournés, etc) pour essayer de leur donner un sens et une logique.
 
Comment vous est venue l'idée de travailler sur les relations de Boris Vian avec le cinéma ?
Yacine : L’idée est venue en parlant avec Alexandre. Ca me paraissait logique vu que j'avais (en partie) découvert Vian par ce biais. De l'autre, on se disait qu’évoquer la carrière de Vian à travers ce prisme était un défi assez exaltant. Parce que Boris Vian et le cinéma, c’est une sorte de mirage ! D’un côté, ses biographes ou Nicole Bertolt (la directrice de la Fondation Boris Vian, qui apparaît dans le film) insistent beaucoup sur cette passion qui a traversé sa vie. On sait aussi que son amitié avec le réalisateur Pierre Kast a beaucoup compté pour lui. De l’autre, comparé à sa production dans d'autres domaines, ses tentatives dans ce domaine n'ont pas abouti à grand-chose de concret.
Alexandre : On avait envie d’analyser ce "rendez-vous manqué". Boris Vian était-il en avance sur son temps ? Difficile à gérer et à encadrer ? Est-ce les producteurs de cette époque qui n’ont pas su le comprendre ? A défaut d’apporter une réponse toute faite, on a souhaité explorer ces pistes. Et paradoxalement, ce thème éclaire bien la carrière de Vian qui, quelque soit le domaine (musique, littérature etc…) a été l’objet de nombreux malentendus.
 
Le projet a été soutenu par le CNC. Est-ce que vous avez présenté un synopsis proche du résultat final ?
Alexandre : En fait, le dossier du film (et je pense que c’est souvent le cas pour les documentaires) donnait une idée précise de la structure et du ton, mais pas de l’agencement de chaque élément. On savait que l’adaptation de J’Irai cracher sur vos tombes serait le fil conducteur du film, tout comme on savait que la deuxième partie insisterait sur les expériences de Vian en tant que scénariste. On avait aussi choisi les citations de Vian qui nous paraissaient éclairantes. Mais même après la rédaction de ce dossier et l’envoi à la chaîne, au CNC etc.. on a poursuivi nos recherches et le projet a continué à se préciser. Par exemple, c'est dans un second temps que nous avons rencontré des témoins comme Yves Boisset ou France Roche.
 
Vous êtes-vous inspiré de documentaires existants ?
Yacine : On a surtout relu l’œuvre écrite de Noël Arnaud, qui avait connu Boris Vian et qui a été son premier biographe. C’est lui qui a inventé le concept des Vies Parallèles de Boris Vian et qui, je trouve, a le mieux rendu compte du bouillonnement créatif qui l’animait. Sinon, on avait déjà commencé à travailler sur le film quand on l’a vu mais, à titre personnel, j’ai beaucoup aimé le documentaire La Vie Jazz de Philippe Kohly qui insiste énormément sur la mélancolie de Vian et sur l'aspect le plus sombre de son existence.
Alexandre : On a commencé à écrire le film en 2008 et il se trouve que 2009 était le cinquantième anniversaire de la mort de Boris Vian. Il y a eu beaucoup de documentaires et d’initiatives autour de Vian à ce moment-là et ça nous a confortés dans l’idée de laisser de côté des images ou archives qui avaient été un peu trop utilisées par ailleurs. Ça nous a aussi poussé à assumer notre spécificité plutôt que d’essayer de raconter tout Vian dans notre film !
 
Avec le recul, avez-vous des regrets ?
Yacine : Pour construire une vraie dramaturgie et éviter le catalogue de faits, on a dû laisser certains éléments de côté, comme ses films amateurs de jeunesse par exemple. Sinon, on regrette de n’avoir pu évoquer (pour des questions de durée mais aussi de droits des films en question) les adaptations posthumes, principalement celle de L’Herbe Rouge, que Pierre Kast a réalisée en 1984, juste avant sa mort. C’est un film étrange mais assez émouvant et qui nous aurait permis de mieux creuser l'amitié entre les deux homme.
 
Quels sont vos prochains projets ?
Alexandre : Les deux documentaires qu’on a réalisés nous ont beaucoup enrichi dans notre approche de la fiction. On a tous les deux des projets dans ce domaine, qui sont encore en écriture ou en développement.  
Tag(s) : #Actualités projets
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