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 Essayer de raconter tout Vian et son œuvre, c’est forcément risquer de se perdre dans un tourbillon d'oeuvres, de formats et de supports. En ce sens, l’exposition de la BnF fait du bon travail : elle réussit à couvrir toutes les facettes de son travail sans donner l'impression de suivre un ordre établi. Et ça n'a rien à voir, mais cette exposition m'a aussi donné envie de parler des poésies de Boris Vian.

On l’a un peu oublié mais la redécouverte posthume de Boris Vian a tenu à L’Ecume des Jours, certes mais aussi beaucoup au recueil Je voudrais pas crever. Compilation de poèmes sans titre, rédigés alors que Vian touche le fond (entre un divorce, le fisc, les cheveux qui tombent et le succès qui s’enfuit), ces textes représentent la face sombre de son esprit adolescent. Dans ces poèmes, le désespoir est coquet, certes mais absolument pas feint : l’amour est loin, la mort se rapproche et Vian pond ses poèmes comme les prisonniers gravent des traits sur les murs de leur cellule. Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale, Pourquoi que je vis ou Je voudrais pas crever reposent à chaque fois sur le même mouvement : les instants de grâce miraculeux se disputent avec une esthétique du pourrissement. Vian se sent tiré vers le bas, par les menaces extérieures (Ils cassent le monde), par son corps défaillant ou par ses propres angoisses, mais il continue à se rassurer avec des images de quiétude impossible. C'est souvent beau et improbable (comme cette vie figurée en dent pourrie qu'on nous arrache) mais à chaque fois élégamment construit, car le désespoir n'empêche pas une certaine rigueur, n'est-ce pas ? En tout cas, ces poèmes, je les aime beaucoup. Alors, faites-moi plaisir : la prochaine fois que vous serez écrasés par les souvenirs, les soucis et la mélancolie, pensez à Boris Vian, et récitez-vous simplement ces deux phrases : "Pourquoi que je vis ? Parce que c’est joli". Vous verrez, vous sourirez.

Exposition Boris Vian, jusqu'au 15 janvier 2012 à la Bibliothèque François-Miterrand 

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