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A l’origine, les Marx Brothers étaient des punks. Ils renversaient les buffets, violaient le bon sens, coupaient les queues des redingotes et pelotaient Margaret Dumont. Les quatre Marx Brothers originels (oui, Zeppo inclus), c’est un "No Future" crié par des dandys.

Mais en 1949, les Marx sont vieux. Groucho anime un jeu télé, Harpo prépare son premier film solo et Chico (mon préféré) est ruiné. Il sera bientôt mis sous tutelle par ses frères en raison de son incapacité maladive à gérer son argent. En attendant, il s’incruste désespérément sur le film de Harpo, Love Happy. Le producteur refuse, sauf si Grouchi se joint à eux. Littéralement supplié, ce dernier se rend sur le tournage en traînant des pieds. Et le désastre pouvait commencer. Présent dans quatre scènes même pas drôles, Groucho a visiblement enregistré toutes ses séquences durant sa pause déjeuner d’animateur télé. D’ailleurs, il n’a même pas pris la peine de dessiner sa fausse moustache mythique. Et s’il croise brièvement Harpo, il ne partage aucun moment avec Chico. Il doit sûrement déjà le maudire pour cette tâche indélébile dans leur filmographie.

Car, si Groucho reste digne, les deux autres ont franchement l’air gâteux. Rejouant jusqu’à plus soif les numéros de leur jeunesse (la harpe, l’imper sans fond, l’italien illettré), ils ne se font même pas rire eux-mêmes. Et on prie pour que les vrais Marx, les jeunes, débarquent pour foutre une raclée à ces vieux ringards.  D’habitude, je suis indulgent avec les fins de carrière incertaines mais j’ai très mal supporté Love Happy. C’est triste de voir des génies galvauder leur mythe. En plus, comparé à Chaplin ou Keaton, l'humour des Marx ne reposait que sur l’énergie de la jeunesse et une certaine agressivité. Enlevez ces éléments et leur génie burlesque se dissout automatiquement, laissant de pauvres pantins mimer les signes extérieurs du comique sans en comprendre le sens. A peu de choses près, Love Happy marque la fin des Marx et le début d’une autre ère. Vers le milieu du film, une jeune femme aux épaules nues et à la chevelure auburn débarque dans le bureau de Groucho. Elle a l’air de s’être trompée de plateau. A peine arrivée, elle joue de ses formes, roules des hanches, dit un mot et s’en va. Elle disparaît aussitôt, sans qu’on comprenne ce qu’elle était venue faire là. Une seule réplique, la légende déjà à portée de main ; il s’agissait de Maryline Monroe. 

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