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Trois frères en chemise et cravate se tiennent devant nous. Ils évoquent le mariage de l'un, l'homosexualité de l'autre, leur relation à eux trois. Petit à petit se dessine le vrai enjeu de leur échange : la mort refoulée de leur père. La force de cette mise en scène du Chemin des passes dangereuses est de virer tout ce qui est de l'ordre de la reconstitution, voire même de l'incarnation. On est quasiment dans l'abstraction de la situation. Il n'y a que trois hommes, presque immobiles, un fond noir et leurs mots. Une langue étrange (la pièce est québécoise) qui se déploie, truffée d'expressions et de tournures décalées. Des phrases qui se répètent en boucle comme des refrains. Et les répliques, qui s'interrompent, rebondissent d'un frère à l'autre, se reprennent en cours de route, presque comme un morceau de rap ou une séance de spoken word. A ce titre, la pièce se révèle mise en valeur par la performance technique des trois acteurs, et appuyée par cette idée que j'aime beaucoup : du rythme de la langue au pouls de la vie, il n'y a qu'un pas.

Du jeudi au samedi au Théâtre de l'Archipel  - Auteur : Michel-Marc Bouchard - Mise en scène : Claude Crétient - Avec Mickaël Alhawi, Franck Borde, Willy Liechty

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