Ruine.jpg

via lehavrephoto.canalblog 

Les jours ne passent pas, les années passent trop vite, et à la fin, qu’est-ce qu’il reste ? Apparemment, des marques, des sourires de pubs et un Mur, des tours qui s’écroulent. Comme si les prénoms des gens qu’on a aimés avaient moins compté dans nos existences que Ben Laden ou les piles Duracell. C’est toute la réussite d’Annie Ernaux d’assumer le catalogue d’évènements et de slogans pour saisir quelque chose de ce tourbillon. Le terme "autobiographie collective" est très bien trouvé, car il correspond à cette idée maitresse du texte : celle qu’on est toujours, quoiqu'il arrive, le produit de son époque. C’est spécialement vrai pour l’auteure qui a embrassé l’ambition collective de Mai 68. Mais c’est aussi vrai pour nous, qui vivons avec une connaissance aiguë d’un air du temps qui se dissèque huit fois par jour. Et on a beau vouloir vivre à côté de son temps, s’ajuster en permanence pour le fuir, on se dit de plus en plus qu’on rate forcément quelque chose. A ce titre, l’exemple d’Annie Ernaux est parlant : a-t-on pensé à tous ces gens qui admiraient un tableau du dix-septième siècle dans le calme d’un musée, pendant que les tours new-yorkaises s’écroulaient ? C'est peut-être pour ça qu’Ernaux, dans ses pages, continue sa course, ne s'attarde jamais sur un moment en particulier. Car le pouls de l’existence est précisément impossible à mesurer. Et peut-être parce que la vraie vie, c’est justement tout ce qu’on rate.

Tag(s) : #Vrac, #Blog