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Quand j’ai commencé à être payé pour des choses que j’écrivais, l’ouvrage Les Intellos Précaires d’Anne et Marine Rambach a été un grand enseignement. Certains disent que ces types de livres ne font qu’avertir des gens qui sont déjà informés. Mais dans des milieux où tout le monde est concentré sur son petit carré professionnel (demandez à un technicien comment vit un auteur, il sera sûrement bien embêté), cet ouvrage incite à gratter le vernis, à rapprocher sur le sort d’autres professions à priori peu comparables (exemple : les chercheurs universitaires et les maquettistes de livres) et à savoir où on met les pieds. A défaut de changer les choses, cette lecture m’a incité à ouvrir les yeux et à parer les coups. Sorti en 2009 chez Stock, Les Nouveaux Intellos Précaires fait le point sur ce qui a changé depuis l’euro et les gouvernements  récents (le premier  livre date de l’ère Jospin). Il insiste aussi sur la dégradation du statut des journalistes pigistes et sur celui des scénaristes de télévision. Avec une conclusion qui fait froid dans le dos : plus un intello se précarise, moins il a le temps ou les conditions pour s’intéresser à ce qui se passe en dehors de sa sphère professionnelle. Enrichissant comme la dernière fois, avec une dose d’humour qui évite de trop larmoyer, Les Nouveaux Intellos Précaires est une bonne lecture.

 

Seule vraie réserve : l’évocation permanente des scénaristes comme les "nantis" ou les "privilégiés" des précaires. C’est sûrement vrai quand on parle des scénaristes de télévision. Mais les scénaristes de cinéma (aucun ne témoigne dans le livre, je crois) n’ont pas  les mêmes conditions de travail que leurs collègues de la télévision. Ils ont aussi d’autres types de difficultés, tels que la dépendance "structurelle" à un autre précaire, leur collège réalisateur, qui, même s’il écrit moins qu’eux, demeure le porteur et le visage du projet pour les commissions, producteurs etc… ; ce qui renforce le flou de leur statut.  Bref, il aurait peut-être été judicieux soit de minorer les propos sur le statut des scénaristes par des exemples venus du cinéma, soit de préciser à chaque fois "de télévision" derrière l’emploi du terme. Pour le reste, Anne et Marine Rambach font un travail salutaire, diablement utile et que je conseille à tous les gens qui bossent dans les milieux culturels ou artistiques. Un peu de hauteur de vue, ça ne fait jamais de mal.

 

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