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"Bob Crane n’est pas quelqu’un de très intéressant". "Bob Crane n’avait aucun talent d’acteur". "Ce qui compte, c’est pas la déchéance de Bob Crane mais celle de l’Amérique" bla bla bla. En écoutant les commentaires audio d’Auto Focus (le film sur le héros de Papa Schultz à la sexualité maladive), j’ai compris pourquoi, malgré son sujet passionnant, le film était aussi raté : les auteurs et le réalisateur  (Paul Schrader) n’avaient aucune empathie pour leur héros, juste un sincère mépris qui transparaît à chaque seconde de leurs commentaires.

Mais  alors, si Bob Crane n’avait rien de spécial, pourquoi nous embêter avec son histoire ? Sans un peu de compassion, comment voulez-vous qu’on s’intéresse à la vie d’un mec qui ne pense qu’à filmer ses joyeuses séances de copulation et qui les regarde ensuite en boucle dans sa cave ? Qu'est-ce que c'est censé nous apprendre sur la nature humaine ? Alors oui, peut-être que Bob Crane ETAIT peut-être un gros con superficiel avec plein de photos de filles à poil dans son attaché case (cela dit, ça suffirait à en faire le meilleur ami de plein de gens). Mais je croyais qu'on ne pouvait faire un film digne de ce nom sans un peu d'affection pour ses personnages. C'est même Alexander & Karaszewski, les producteurs et co-scénaristes de Auto Focus, qui me l'avaient appris avec leur portrait d'Ed Wood. Par la suite, avec Larry Flynt, le pornographe hémiplégique, ils ont fait pareil : ils ont trouvé une faille attachante chez un personnage peu ragoûtant, s'y sont engouffrés et l'ont exploité pendant 90 minutes. Rien de tout ça ici. Et c'est non seulement assez décevant de la part d'auteurs que je respectais mais surtout, au final, ça fait un film sacrément chiant. "Le plus triste, c’est que tout le monde a ses raisons" disait Renoir. Et pour paraphraser, ce qui est le plus triste avec Schrader & Co, c’est qu’ils n’ont pas cherché celles de Crane assez longtemps.

Post-scriptum : "My dad was very talented. Very gifted. A great father. And he had a very large penis". Extraordinaire portrait croisé des deux fils (complètement foutus) de Bob Crane, avec Paul Schrader au milieu en juge de moralité. A lire sur le site du  New York Times. Nos erreurs construisent bel et bien les prisons de nos fils.

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