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En tant que fan de Stan Lee, l’idée de ce documentaire ne pouvait que m’enthousiasmer. En zoomant sur la censure subie par les bandes dessinées Marvel dans la France des années 60, Marvel 14 met le doigt sur deux points cruciaux : l’anti-américanisme de la commission de protection de la jeunesse ; et l’efficacité des menaces de sanctions économiques qui seront toujours plus effrayantes qu’une vraie censure. L’aspect le plus intéressant du documentaire est le comportement de Lug, éditeur historique de Strange & co. A force de lettres d’intimidations et de vraies/fausses interdictions, Lug va prendre peur et, pour continuer à publier "ses" super-héros, va passer d’une censure subie à une autocensure zélée. Il y a à quelque chose d’intéressant dans le trajet de cet éditeur qui dépense autant d’énergie à soigner ces bandes dessinées (beau papier, meilleure impression qu’aux Etats-Unis) qu’à les dénaturer. Les éditions Lug ont donc traduit Spider-Man et les autres en mettant la violence en sourdine, en supprimant les onomatopées, en coupant des cases, en atténuant des dialogues. Sur la fin, on se rappelle du Born Again de Frank Miller que Lug a tout simplement renoncé à traduire de bout en bout. Mais ils avaient quand même eu le temps de transformer l'addiction à l'héroïne de Karen Page en simple "grosse fatigue".

Malgré tout, le constat est finalement peu déshonorant pour Lug  : l’éditeur lyonnais a rajouté des décors et des lignes de fuite, là où il y avait des BANG et des KAPOOM, rendant les cases moins chargées, moins vivantes certes, mais parfois plus classiquement composées. Et quant aux magnifiques couvertures peintes de Jean Frisano, elles n’avaient rien à envier aux couvertures originales. Alors, les enfants de 1970 ont-ils vraiment perdu au change ? Question passionnante mais que le documentaire ne prend pas vraiment le temps de poser. En cela, le film imite le mensuel Marvel, interrompu en pleine gloire : il s’arrête trop tôt.

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