bad boy

 

 

Ce que j’aime bien avec Puffy, c’est qu’il n’est pas gêné à l’idée de se faire voler la vedette (exemple, dans Victory où on dirait un pré-pubère qui rappe pour impressionner son grand frère). Faire-valoir permanent de rookies qui rappent mieux que lui, Puffy est le seul hype-man de l’histoire du rap à se faire plus d’argent que la vedette. Héritier parfait de Flavor Flav, il sait parfaitement pousser un petit rire narquois entre deux mesures, pour appuyer une punchline ou annoncer un refrain. On a beau dire, mais dans Kiss Your Ass Goodbye, ce n’est pas la prod de Rza que je retiens, ni l’attaque brutale de Biggie dans le premier couplet, encore moins les quelques rimes subliminales anti 2pac. Non, c’est cet ad-lib impérial de Puffy : "I can’t hate you, cause it’s not in my nature to hate you". En ce sens, il n’a jamais été mieux dans son rôle que dans The Saga Continues, album au postulat postulat vieux comme Bad Boy : un blindé et dix crevards qui font semblant d’être aussi blindés que lui, partagent avec nous des flashes fugaces d’un quotidien glamour, entre rêve et réalité. Ca donne du rap de fin de siècle imparable, comme Blast Off, Let’s Get It, That’s Crazy ou Child of The Ghetto. Sans parler du magnifique hymne Bad Boy For Life et de la fameuse rime méta-consciente de Puffy qui plongea tout le monde dans un embarras admiratif : "Don’t worry I write rhymes / I write checks". Car justement, qui l’avait écrite, cette rime ?

 

Efficace, dansant, nerveux et convivial, ce disque, qui honorait en grandes pompes les standards de son époque, n’avait qu’un seul défaut : il est sorti le même jour qu’un petit album qui les explosait complètement : Blueprint. Et loin d’un avenir radieux, les crevards en question n’ont eu qu’un semi-hit en rotation paresseuse sur MTV et des rêves de seconde chance noyés dans la drogue (G-Dep), la prison (Black Rob), l'oubli (Mark Curry) ou la religion (Loon). La saga a continué sans eux, mais Puffy, lui, a tracé sa route. On peut encore le voir, dans des rediffusions sur MTV, en éternel mentor de rappeurs qui n’iront nulle part  (Making The Band). Beaucoup de gens disent que c’est un escroc, mais pour moi, c’est le plus grand pourvoyeur d’espoir du rap américain. Après tout, comme dit Terrence Howard dans Hustle & Flow : tout le monde a besoin d’un rêve.

 

Prochainement : un billet sur Black Rob.

Tag(s) : #Un peu de rap
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