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On parle peu de Pierre Bost dans  Jean Aurenche, écrivain de cinéma . Il apparaît dans quelques images d’archives mais je dois avouer qu’on a peu fait pour tordre le cou à la distinction suivante : Aurenche, l’inventeur ; Bost, l’ordonnateur. Bien entendu, leur collaboration était beaucoup plus subtilement organisée et, à défaut d’apporter une réponse claire (et sûrement fausse) cette question, Alexandre et moi avons préféré laisser le sujet dans un certain flou artistique.

Grâce aux efforts de François Ouellet , deux ouvrages de Pierre Bost ont été récemment réédités chez Le Diletante, dont Un an dans un tiroir. Hors du temps, de l’espace, hors de la guerre (hors de la vie ?), Pierre Bost a été emprisonné le 17 avril 1940 dans le stalag de Kaliningrad en Prusse-Orientale. Celui qui n’était pas encore le complice de Jean Aurenche en a tiré un recueil de notes. Sous l’apparence d’un journal, Un an dans un tiroir est un texte particulier car, à l’exception d’une note (un simulacre d’enterrement auquel assistent sans conviction des prisonniers qui ont peur de rater leur déjeuner), Pierre Bost ne décrit aucun évènement, aucun personnage. Il fuit le pittoresque, évite toute anecdote. Tout le long, Bost écrit "à côté de l'évènement". Il refuse que cette épreuve l'endurcisse et ne voit aucune consolation dans le sort qui l’accable. Enfermé dans sa boîte, Bost ne communie pas non plus avec l’Humanité. Au contraire, il tente de préserver son individualité, par rapport aux autres captifs dont tout devrait le rapprocher. Et comme s’il cherchait une certaine continuité dans l’existence depuis que sa vie a été chamboulée, il se réfugie dans les grandes notions : les fausses promesses de la vie, le sens de l’Histoire (forcément oublieuse), la solitude de l’Homme, l’espoir qu’il faut économiser … chaque mot a son importance (voir la distinction très claire qu’il fait entre l’espoir et l’espérance) et cette exigence permanente est peut-être bien le signe de la fameuse "rigueur protestante" dont parle toujours un peu facilement quand on évoque Pierre Bost.

Revient aussi, en fil conducteur, la question de la responsabilité individuelle. Lorsqu’il écrit en 1940 dans son tiroir, à l’heure de la défaite, Pierre Bost voit déjà arriver de loin ceux qui voudront laver l’honneur  de la France. Et il explique que la débâcle a beau être collective, le salut ne pourra être que personnel : "La vertu d’un pays, c’est de se faire respecter. La vertu d’un individu, c’est de se faire respectable". C’est à chaque individu de sauver ce qui peut être sauvé écrit-il en substance, plus tard. C’est un engagement moins grandiloquent, moins lyrique que bien des beaux discours mais tellement plus difficile à respecter. Dans ces lignes, et je pense, dans tout le livre, Pierre Bost parle avant tout pour lui-même. Mais il incite chacun à se tirer vers le haut, quelles que soient les circonstances.

 

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