bost

Dans son avant-propos, François Ouellet décrit l’œuvre de Bost écrivain comme celle d’un moraliste. Avec raison. Dans Porte Malheur, les faits sont regardés de loin, presque résumés. Passée l’introduction d’usage, le roman n’a que peu de choses à faire avec les descriptions de lieux, les échanges dialogués ou les digressions sur le passé des personnages. Tout est dans l’étude de caractères : Dupré et Denis, le patron et l’apprenti. Un soir, Denis cambriole Dupré, manque de le tuer. Devant le juge, pourtant, et pire encore, devant les commerçants voisins, Dupré défend Denis, le reprend comme employé. Comme si de rien n’était. A tel point que Denis craque face à tant de noblesse. Il le veut, son châtiment. L’enjeu est passionnant car le récit est admirablement construit (on sent déjà le scénariste en devenir). Et surtout car Bost le moraliste insiste sur l’aspect irréductible de toute faute. Le mal commis n’est jamais oublié. Et se faire pardonner, c’est par définition, conserver une dette morale, plutôt que l’enterrer. A celui qui pardonne : la noblesse et la grandeur d’âme. Et à celui qui est pardonné, la repentance éternelle et la gratitude obligatoire. Econome de mots et d’effets, Bost renverse les convenances et examine l’âme de ses personnages avec une minutie incroyable. Pourtant, cachée derrière cette sécheresse (protestante ?), l’empathie, n’est pas loin. Et même déguisée, elle tient parfois en une phrase : "Les deux hommes se parlaient peu, et peut être se connaissaient mal mais ils étaient inséparables".

 

Publié chez Le Dilettante - Préface de Bertrand Tavernier

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