Jacques Martin, le créateur de Alix est mort il y a quelques jours. Pour info, il avait aussi été assistant (et selon lui, co-scénariste) d’Hergé sur plusieurs albums de Tintin. Je n’ai jamais été sensible à l’œuvre de Martin mais j’ai toujours beaucoup aimé ses entretiens et son regard sur l’écriture, la bande dessinée et … la postérité. Ayant dessiné toute sa vie à l’ombre des héros de l’Antiquité, Martin avait des ambitions à la hauteur de ses influences. Il voulait que ses héros aient au minimum la même longévité que certaines pièces de Shakespeare, formait divers disciples pour prendre sa suite sur plusieurs générations, comme en moins 80 avant Jesus Christ et, comme Amaru, prenait de l’avance sur sa propre mort en empilant les projets d’albums. Mégalomanie maladive ? Peut-être. Mais à une époque où le sport favori consiste à cavaler derrière l’air du temps, j’aime l’exemple de cet homme qui a construit sa carrière avec l’ambition, peut-être vaine mais louable, de vouloir s’inscrire dans l’Histoire. Question d’époque et de hauteur de vue.

 

"J’imagine un périple en Afrique rencontre des Géants. Ca s’appellerait Les Titans. Et je vais méthodiquement dicter tous ces projets à une secrétaire, ainsi je pourrais les léguer à mes collaborateurs. Avec Alix, j’ai de la matière pour vingt albums au moins !"

(Jacques Martin, Le Duel Tintin/Spirou, 1997)

Tag(s) : #Vrac