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- Même si son heure de gloire remonte aux années 70, Coppola reste un morceau de cinéma à lui tout seul. Et ayant revu Le Parrain II la semaine dernière, je suis tout à fait disposé à boire ses paroles en hochant la tête benoîtement. Peu importe que ses opinions sur l’évolution du cinéma soient contestables (la gratuité comme fatalité et la pauvreté des artistes comme vertu), ses propos forcent à réfléchir. Cette interview commence par une réponse définitive ("Je ne veux pas animer de Master Class car je ne suis pas un maître du cinéma, juste un élève") et continue en examinant le cinéma à travers le prisme des siècles. Dans un monde où un de vos amis vous abreuve d’insultes dès que vous lui faites suivre un article vieux de plus de 48 heures, il est rassurant de lire la phrase suivante : "Vous savez, le cinéma est encore jeune. Après tout, il n’a que cent ans".


- (à ne pas lire si vous avez peur de la moindre info) Le personnage d’Omar, "le plus gangsta des gays"  (© Ol’Kainry) dans The Wire est formidable car l’ampleur mythologique de son parcours contredit la véracité documentaire de la série en même temps qu’elle la met en valeur. C’est le seul vrai morceau de fiction pure de The Wire. Omar est quasiment invincible et c’est tout ; il n’y a même pas besoin de justifications à sa toute puissance. Un exemple ?  Le saut de super-héros qu’il fait dans la saison 5."Suspension of disbelief" disent les Américains. Pour en savoir plus la genèse  de ce personnage, lisez donc cette interview sur "Le Vrai Omar", qui détroussait les dealers de Baltimore dans les années 70 et 80. D’ailleurs, il joue aussi un petit rôle dans la série. Mais il apporte une précision : "Moi aussi, j’ai sauté d’un immeuble un jour. Sauf que c’était du sixième étage". Comme quoi la fiction sera toujours moins puissante que les légendes du ghetto.

 

- Les paroles s’envolent, la bienséance change et les écrits sont modifiés post-mortem. En 2011, il est apparemment choquant que Mark Twain parle de "nègres" dans ses romans alors le terme est remplacé par "esclave". A ce train-là, pourquoi ne pas supprimer l’esclavage des livres d’Histoire ? Cassons tous les thermomètres et mettons toute la poussière de l’Histoire sous le tapis et tant pis si ça rend des œuvres d’art  inodores. Seule consolation : selon la notion française du droit d’auteur, ceci n’est pas prêt d’arriver ici. Ouf.


Pour en revenir aux super-héros, alors que je m’apprête à lancer une vaste opération de boycott du prochain film Spider-Man (une escroquerie), je vous propose d’aller voir cette bande-annonce de la série des années 70. C’est fauché, coloré, joyeux, plein de passion et bancal. Il faut voir Spider-Man affronter trois pseudos-samouraïs dans un couloir et ensuite enjamber les corps pour marcher vers la porte. Je me sens trahi (mais par qui ?) de ne pas avoir découvert ce joyau plus tôt. Pourquoi la série n’est-elle jamais passée en France ? Pour parler clairement, j’ai le sentiment qu’on m’a volé une partie de mon enfance.

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