proces_04-sepia.jpg

Illustration de François Barreau

 

"Ils veulent me tuer, tous. Je ne peux pas leur en vouloir, je sais que c’est difficile à lire mais c’est le fond qui leur paraît fabriqué. C’est drôle, quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère et quand j’écris pour de vrai, on croit que je blague"

 

A chacun son Boris Vian. Son œuvre est tellement multiple et difficile à ordonner que chacun peut y puiser ce qui lui plaît, ce qui le touche. Avec notre film, on a volontairement mis de côté l’attirail habituel du folklore Vian. Pas de Saint-germain, de jazz ou de Greco. Ca peut paraître austère comme démarche, c’est vrai. Mais on a préféré se concentrer sur l’aspect "déceptif" (comme dit si bien Philippe Le Guay dans le film), de son existence et de sa carrière. Le concept de "cinéma de Boris Vian" nous plaisait pour raconter cette vie de déceptions car c’est presque un mirage. On y trouve plein de choses, des influences, des projets, des bobines de courts métrages, des envies et en même temps, si peu de choses concrètes et cohérentes. On pensait être malins en choisissant cet angle mais ça c’est finalement révélé tout aussi difficile : même au sein d’un seul domaine, Vian partait dans tous les sens !

 

Comme partout avec lui, il y a cette habitude d’arriver trop tôt, de viser à côté et d’aller voir ailleurs juste après. Avec plus d’obstination, aurait-il pu y arriver ? Dur à dire. Magicien du premier jet, Vian était trop immédiatement brillant pour le cinéma. Ca demande une part d’abnégation, de minutie et souplesse qu’il n’était pas prêt à accorder :"L’idée de faire un film, comme auteur, je ne sais pas, c’est une idée qui ne peut venir qu’à un martyr. Avoir envie de ce moyen d’expression là, c’est avoir envie d’être martyrisé. Il y a une montagne à escalader constamment qui est la montagne du préjugé, la montagne de la connerie, de l’intérêt mal compris". En suivant ce raisonnement, avec Alexandre, nous serions nous aussi des martyrs. Certes, mais vu qu’il s’agissait de Vian, je peux juste dire que c’es une connerie que nous avons pris un GRAND plaisir à escalader.

 

Le cinéma de Boris Vian, première diffusion le jeudi 8 décembre à 16h50 sur Ciné + Classic.

Tag(s) : #Actualités projets