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2003. Interview du groupe D12, de passage à Paris : "Proof se bat tout le temps. Il arrive dans un club comme si c’était un saloon, fout la pagaille, puis revient le lendemain comme si de rien n’était", témoigne Bizarre, membre du groupe. Mais Proof ne se battra plus, il vient de se prendre 3 balles dans la tête. C’était devant un club. Flashback :

I’m behind top rappers like a Neptune track”: A sa droite sur scène, à l’arrière-plan sur les photos, ou en freestyle clin d’œil dans 8 Mile, Proof était l’équivalent de Charlie (celui de Où Est Charlie ?) dans le monde d’Eminem. Impossible à rater une fois qu’on l’avait remarqué, il apparaissait comme un spectateur privilégié de la gloire de son pote, rencontré 15 ans plus tôt à la sortie d’un lycée de Detroit. Un veinard qui se retrouvait sur MTV sans trop savoir pourquoi. Au sein de D12, il se faisait discret. Sur scène, avec Marshall, les distraits le confondaient même parfois avec Obie Trice. Bref, ce 11 avril, en fait, c’est juste un second rôle qui meurt ?

“I was raised by drunks so I became a drunk. 80 proof on this vodka ? So that’s the name I want” : Deshaun Holton est né à Detroit en 1975, d’une mère plus ou moins maquerelle et d’un père musicien qui travaille avec Marvin Gaye avant de sombrer dans la dope. A 20 ans, il danse dans un clip d’Alliyah (le second plan, déjà) puis devient le roi local du freestyle. Animateur des battles qui révéleront Royce Da 5’9’’, Slum Village ou Eminem (voir 8 Mile pour les détails), il devient même incontournable pour les stars de passage à Detroit (Method Man et ?uestlove s’en souviennent ces jours-ci dans la presse). Pourtant, malgré les trophées et une démo produite par Jay Dee, sa carrière ne décolle que quand Eminem lui demande de faire ses backs pour sa tournée. Puis la suivante. Suivront D12, les singles, leurs clips sur-diffusés et tout le jeu de cache-cache du premier paragraphe…

“You’re not even listening, niggas, you’re just nodding”: Le reste du temps, Proof le tue à traîner dans des bars glauques de Detroit, occupation dont il fait un sujet récurrent de son oeuvre solo. Car sa fin nous le prouve, Proof rappait sa vie pour de vrai et ne mentait pas quand il peuplait ses couplets de bagarres stupides dans des clubs, de bravades kamikazes et de menaces déclamées une bouteille à la main, un flingue dans l’autre. Selon les morceaux, Proof dévoilait également son amour de l’imagerie rock des 70’s, évoquait ses pulsions auto-destructrices ou faisait preuve d’un nihilisme qui le poussait à remettre en cause ses proches, son auditoire et surtout ce succès biaisé, obtenu par procuration, comme un malentendu qui le minait au point de le pousser à en finir (le troublant Kurt Kobain sur son album Searching For Jerry Garcia). Mais, malgré sa sincérité et son aisance au micro, Proof semblait trop occupé à boire et à se battre pour être à la hauteur de ses ambitions. A l’image de son premier album solo, repoussé pendant 4 ans, ses projets (souvent auto-produits) sortaient n’importe comment puis se faisaient enterrer par une promo lamentable. Proof retournait alors dans l’ombre qu’il dénonçait, celle d’Eminem, quitte à éclipser occasionnellement ce dernier. Notamment dans des freestyles radios bluffants durant lesquels son don pour l’impro lui permettait de tout faire, comme comparer les couilles des nains à la street-crédibilité (en anglais, ça rime). Il se préparait à entamer l’enregistrement du 3e album de D12 mais une bagarre stupide en a décidé autrement.

"All I need is one mic, ‘cause 5 mics together only make feedback" : Une mort sordide plus tard, Proof va-t-il connaître un succès d’outre-tombe, à base de tribute albums trafiqués (à Detroit, déjà les raclos vendent des bootlegs), ou va-t-il être aussitôt oublié ? Réduit à un gimmick crié pendant les concerts ? Ou à une tête sur des t-shirts ? Peu importe : qu’elle soit posthume ou non, la reconnaissance est aléatoire de toute manière. Proof le disait lui-même en 1999 : "I’m not the best yet ‘cause I haven’t been killed". Et maintenant, alors ?

Publié en 2006 dans Last-Mag 13

Tag(s) : #Un peu de rap