Superficiel, monté à la hache, bruyant et fatigant, le documentaire The People vs George Lucas a au moins le mérite de poser une question capitale : à qui appartient une œuvre achevée ? Au créateur ou à son public ? Avec la culture populaire, matière vivante par nature, la question se pose doublement. Et le cas Star Wars est crucial : entre 1983 et 1999, George Lucas s’est tu, tout en laissant entendre que la saga reprendrait un jour. Les fans se sont engouffrés dans cette brêche et ont fait de Star Wars une oeuvre intéractive. Ils ont retourné les épisodes avec des Legos ; ils ont débattu de l’arbre généalogique de la famille Chewbacca. Ils ont imaginé, attendu, rêvé, magnifié chaque détail des arrières plans. A partir de là, il était trop tard pour que Lucas impose ses restaurations ou la réécriture des films. Le créateur a eu beau faire croire que Star Wars était une oeuvre strictement personnelle, minorer les apports de Keshner, Brackett ou Kasdan et reprendre le travail tout seul, c'était trop tard. Quand il est revenu à l'ouvrage, vers 1997, Star Wars ne lui appartenait déjà plu. Comme le dit un des 454 témoins de cet objet intrigant, George Lucas, avec ses films suivants, a crée une fan fiction de sa propre œuvre. Aujourd’hui, tente-t-il de reprendre la main que ses fans le comparent à un négationniste réfutant l’existence de l’Holocauste. Ou le traitent de pédophile métaphorique dans cette chanson même pas drôleCollective malgré elle, démocratique par la force des choses, Star Warsétait peut-être condamnée dès le départ à rester une œuvre de fan. Mais vu les origines de la saga (à la base, il s’agissait quand même d’adapter Flash Gordon sans payer les droits), ce n’est que charité bien ordonnée.
Tag(s) : #Brèves cinéma