13 Septembre 2008
Jeudi, je suis allé voir Monsieur Malaussène au Funambule Montmartre. Je ne me souviens plus trop du bouquin (lu en 1995) mais je crois qu'il y avait une histoire de procès mêlée à des paquets de digressions courant sur dix temporalités différentes. Typiquement le genre de romans inadaptables au cinéma. Alors au théâtre, vous pensez ... Comme le roman reste un lointain souvenir, je ne peux pas vous parler de la fidélité au livre mais la pièce (adaptée par Pennac lui-même) est réussie. Dans ce monologue interprété par Antoine Du Jeu, Benjamin Malaussène s’adresse au gamin qu’il est censé avoir. Pendant 1h15, il tente de le convaincre de revenir d’où il vient. Histoire de le décourager à naître, il ne lui épargne rien : le récit de sa conception improvisée ; le laïus sur la dureté de la vie ; l’énumération des tragédie et le poids de la culpabilité de l’Humanité sur ses épaules etc … Et figurez-vous qu’il sait se montrer très convaincant. Mais son gamin résiste : il n’est pas encore né qu’il a déjà l’instinct de survie.
Alors, je pourrais parler de la grande lucidité du texte, exempt de tout cynisme, mais j’ai peur d’être pompeux. Je dirai juste qu’Antoine Du Jeu est impressionnant dans son rôle de penseur de Rodin en Converse qui court sur place, fait des roulés-boulés, s’exerce au Kama-Sutra avec une chaise ou fustige l’idée de normalité, cette "charpente d’illusions bâtie sur les fondations du doute" (à replacer pendant vos entretiens d’embauche, ça peut faire bien). Le spectacle et les 144 personnages de la tribu Malaussène vivent grâce à lui et même si je n'aime pas trop la voix qu'il prend quand il fait les enfants, je ne peux que saluer la performance. N’hésitez pas trop longtemps car je crois qu’il ne reste que sept représentations. Et si quelqu’un peut me dire ce qui est arrivé à cette histoire de procès, ça n'est pas de refus non plus.
Le Funambule Montmartre