Moi, Orson Welles avec Peter Bogdanovitch

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A 25 ans, Welles était un jeune prodige du théâtre et de la dramatique radio. A 26, il a co-écrit, produit, réalisé et interprété Citizen Kane. Et à 30 ans, il était considéré comme mégalo, dépensier, instable et sa carrière n'a été qu'une suite de films inachevés ou terminés par d'autres gens. Il est mort à 70 ans, après avoir tourné dans des tonnes de super-productions et de pubs pour des aspirateurs (et prêté sa voix à Robin Masters dans Magnum) afin de financer lui-même ses films. Il a quasiment tout le temps échoué. Ce qui est formidable avec ce bouquin c'est de voir comment un homme plus doué que tout le monde a fini par passer à côté de sa carrière. Enivré par son propre talent et sa réussite immédiate, il a couru toute sa vie après la sensation de nouveauté de son premier film. Incapable de rentrer dans le rang, Orson Welles n'a même pas réussi à cachetonner comme tout le monde. Quand il apparaissait dans un film, il allait jusqu'à réécrire ses dialogues et mettre en scène ses propres apparitions.

Alors en lisant le livre, on sent bien qu'il essaie de donner des circonstances atténuantes à ses rêves de grandeur et à son envie de flamboyance. A le croire, toute sa vie n'a été qu'une suite complots à son encontre. Mais rien ne traduit mieux la quête d'inconnu qui l'a guidé toute sa vie que le passage ci-dessous. C'est d'ailleurs une belle manière de concevoir la création au sens large. Et si vous écrivez, composez de la musique ou pratiquez la peinture sur verre, cette citation peut aussi vous intéresser :
 "J'essaie de me persuader que tout existe pour la première fois. C'est pour cela que je vois si peu de films. Je m'en éloigne le plus possible, par pur instinct de conservation. Pour chérir ce qui reste de ma propre innocence. Moi pour être heureux, j'ai besoin de me sentir comme Christophe Colomb, j'ai besoin de découvrir l'Amérique ! Et je n'ai pas envie d'entendre parler des Vikings ! Non, dès que je mets le pied sur un plateau, j'ai envie d'y planter un drapeau. Et plus j'en sais sur les découvertes qui m'ont précédé, plus mon drapeau me paraît ridicule, comme le petit drapeau qui marque le trou sur les terrains de golf..."

A méditer avant d'aller dormir. 
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