25 Juillet 2007
Jusqu’ici le nom de Claude Lellouch avait comme une sorte d’effet repoussoir sur moi. Mais il ne faut pas m’en vouloir,
j’avais juste été profondément marqué par ma vision en 1997 de Hommes Femmes : Mode d’Emploi.
Il faut dire que cette divagation
d’une heure et demi autour d’un clochard à voix aigue qui est logé (avec son singe) dans un hôtel cinq étoiles pendant que Fabrice Luchini et Bernard Tapie pilotent un hélicoptère en parlant de
Platon, avait quoi dérouter. Ajoutez à ça Philippe Gildas dans son propre rôle et Ophélie Winter passant par là et vous comprendrez mieux pourquoi je suis resté pendant dix ans loin de tout film
qu’il aurait réalisé. Et puis… j’ai vu Roman de
Gare. Bon, c’est vrai, je partais d’un a priori négatif, mais j’ai été bluffé. L’histoire ? Elle est inracontable et à l’image du titre du film : à quadruple sens. Passée une
introduction formellement très réussie où des scènes isolées se répondent sans qu’on n’arrive à les lier, Lellouch et son co-scénariste Pierre Uytterhoeven nous plongent avec une habileté rare
dans une suite de fausses pistes à tiroirs.
Mieux, ils nous font gober l’invraisemblable, donnent à l’ordinaire des airs inquiétants, cassent en deux la structure du
film et ébauchent une réflexion enthousiasmante autour de l’identité et des faux semblants. Et même la dernière partie, avec son nombre de rebondissements supérieur à trois épisodes de Plus
Belle la Vie, ne réussit pas à casser le charme. Au contraire, elle fait encore plus apparaître le film comme une longue lettre d’amour aux conteurs en tous genres et à tous les
procédés de la fiction. Alors, s’il vous plaît, oubliez tous vos mauvais souvenirs des précédents films de Lellouch et allez voir Roman de Gare. Tant que j’y suis, dans la série "le rap me suit partout", j’ai eu l’énorme surprise de voir Fred Musa de Skyrock dans le film. Oui, Fred
de Planète Rap, Planète Rap France 4, Planète Rap la Nocturne et Planète Rap Magazine. Bon, il ne fait que passer (malgré son nom en gros au générique de
début) et il n’ouvre même pas la bouche, mais ça ne m’a pas empêché de me demander "mais qu’est-ce qu’il fait là ?". A l’heure qu’il est, je n’ai toujours pas de réponse. Alors,
s’il vous plaît, si vous avez le moindre tuyau, je suis preneur. En tout cas, je me demande si je ne vais pas revoir Hommes Femmes : Mode d’Emploi,
moi…
Billet publié dans le "Journal des lecteurs" de Première
n°367