Pour mémoire

"Il y a deux façons de voir un film : comme une œuvre de réflexion ou comme un œuvre de sensation. Si je dois tourner une scène dans laquelle un homme, après de nombreuses hésitations, finit par tuer sa femme parce qu’elle ne l’a pas assez trompé (voilà une situation assez compliquée), je suis dans le cinéma de réflexion. Et la sensation procurée par l’étranglement sera d’autant plus forte que la réflexion aura été soutenue.

 

A l’opposé, il y a des films où le metteur en scène peut se dire 'Je m’en fous, la manière de traiter la scène ne m’intéresse pas, ce qui m’intéresse, c’est le nombre de bagnoles qui se retournent, ce sont les effets. Je verrai ça au tournage'. Et le plus drôle, c’est que très souvent au tournage, on sent que le réalisateur a encore reculé l’échéance en disant 'Je vais tourner le maximum de plans puis je verrai au montage' (…) Les films fabriqués de cette façon sont très mauvais car ils ne sont pas préconçus. Cette notion de sensation, certains réalisateurs veulent l’avoir du début à la fin, même dans la fabrication du film. Les gens qui font des choses en état d’urgence m’ont toujours fait rire. On pisse en état d’urgence, mais on ne fait pas un film …"

 

(Claude Chabrol à François Guérif dans Comment faire un film)

 


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