30 Juillet 2012
Steve Ditko, qui vit reclus depuis des années, est souvent surnommé le "J.D. Salinger des comics". Co-créateur de Spider-Man, il s'estime spolié par l'éditeur Marvel Comics, mais a toujours refusé toute somme d'argent liée à l'exploitation du personnage. Agé de presque 90 ans, il vit toujours à New York, où il s'occupe en dessinant des comics influencés par une religion nommée l'Objectivisme.
Cette doctrine fondée par l'auteure russe Ayn Rand évoque le primat absolu de l'individu sur le groupe. Avec elle, l'homme est forcément bon ou mauvais, juste ou corrompu, seul dans l'adversité ou noyé dans la masse. Comme je ne pourrais pas en dire beaucoup plus, je vous oriente vers le très bon documentaire : "In Search of Steve Ditko". En compagnie de John Romita, Alan Moore ou Neil Gaiman, Jonathan Ross évoque le caractère misanthrope de Ditko et son chemin artistique en zig-zag entre le mainstream absolu et les confins de la bande dessinée alternative. L'homme n'y apparaît pas très sympathique mais son intégrité bornée appelle le respect.
Il est vrai que Spider-Man y est présentée comme une création dévoyée, une bande dessinée d'auteur transformée en figure de parc d'attractions. Si Stan Lee a admirablement tenu la barre après le départ de Ditko, la série a alors cessé de ressembler à cette chose qu'elle était au début : un mélange entre un roman russe et une histoire d'initiation adolescente. Avec Ditko, Peter Parker faisait la gueule, était rongé par les remords, portait des cravates et envoyait balader tous les groupes de jeunes nigauds, même ceux qui étaits prêts à l'accepter. Après le départ de son co-créateur, Peter a commencé à sourire, à séduire des jeunes dévergondées, et à ouvrir les boutons de sa chemise pour danser le twist. Sa vie était toujours mouvementée, mais elle n'était plus fondamentalement triste. Elle n'avait plus rien de cette veillée interminable au chevet d'une tante mourante (allez lire le magnifique Final Chapter, s'il vous plaît)
Après Ditko, Peter Parker s'est fait des amis. Dans tous les sens du terme, d'ailleurs. C'est à ce moment-là que la version dessinée par son successeur, John Romita, est devenue immensément populaire, servant de base aux cartoons et autres dérivés. C'est sûrement cette double trahison, qui a heurté Ditko. Ce dernier, qui se prépare déjà à mourir en ermite, aurait bien voulu que l'Homme Araignée suive le même chemin que lui : celui d'un paria volontaire, qui fuit l'affection des masses. Un homme seul, sûrement triste, mais qui a pris goût à son aliénation sociale. Et qui refuse, encore aujourd'hui, de se diluer dans la foule.