running

Je me sens si vieux depuis que j’ai trente ans. A vrai dire, je n’ai pas encore trente ans, mais d’une certaine manière, ce qui est inéluctable est déjà arrivé n’est-ce pas ? Depuis que j’ai trente ans, donc, je sens mon corps qui me lâche, mon souffle qui me pose des lapins et mes jambes qui me lancent. Je suis en plein déclin et c'est dur à vivre vous savez. Je n’ai jamais eu envie de l’être mais aujourd’hui, j’en suis certain : je ne serai jamais footballeur. Il y a plein de choses que je ne serai jamais. Alors pour m’y faire, et depuis que j’ai quarante ans, je lis Haruki Murakami et son autoportrait en ex-fumeur massif devenu accroc aux marathons. A la limite, son parcours importe peu. Ce livre n’est pas un manuel de remise en forme. C’est un livre placide, qui accepte sans broncher les crampes, le ventre, les douleurs au genou mais ne les considère en aucun cas comme le signe d’une fin prochaine.

Il y a quelque chose de beau dans ce livre car l’intellect n’y apparaît pas dissocié du corps ni des éléments alentours. Tout y relève d’un seul mouvement, d’un même souffle de vie. Et tant que celle-ci est là, Murakmi continue à courir ses dix kilomètres par jour et apprécie d’autant plus la rosée du matin, les joggeuses qui cavalent, voire même cette chaleur assommante, qui mêlée à sa sueur, ronge sa peau à chaque seconde. Il sait qu’il ne peut rien y faire, alors il tient le rythme, et il court. On a beaucoup parlé, après Fukushima de la modestie des Japonais face aux éléments. Je ne sais pas si c’est une généralité mais cette acceptation permanente, on la retrouve chez Murkami par rapport à son propre corps. Mais ne parlez pas de défaitisme. Plutôt de sérénité, car ses faiblesses, actuelles et à venir, n’empêcheront jamais Murakami de courir, un pied devant l’autre pendant des heuresAlors, depuis que j’ai 50 ans et que j'ai lu Murakami, je chéris le temps qu’il me reste.

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