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Le documentaire Le Président réalisé par Yves Jeuland connaît les honneurs d’une édition DVD. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais du film, aussi je préfère relever une curiosité : la présence de 24 séquences inédites qui forment, bout à bout, un autre long métrage.

Ce film-bis n’est pas annoncé comme tel, il existe quasiment malgré lui. Mais cette accumulation de scènes coupées, finit par devenir un tout autonome, avec son propre rythme et ses autres enjeux. On passe pourtant par les mêmes étapes (la phrase sur Fabius, les meetings larmoyants), mais sur 1h40, c’est une histoire différente qui est racontée. La dramaturgie est en deçà et l’élection régionale apparaît moins cruciale. Frêche y est avant tout dans la jouissance du pouvoir et de sa popularité. Dieu vivant régional, il trône, au milieu de ses courtisans et les laisse venir à lui, le toucher, l’embrasser, quémander une audience. Plus libre dans sa parole, il a le droit de vie ou de mort sur chacun (il veut "couper les couilles" d’untel, la mettre "profond sans vaseline" à un second), jouit de son droit de cuissage (telle femme est décrite comme une "baiseuse incroyable"), ne comprend que la domination ("J’ai 98% des juifs avec moi") mais paraît intouchable, à l’abri dans son royaume. Très présents dans la version salles, les conseillers apparaissent ici pendant 60% du temps, comme des petites mains, qui se contentent de prendre acte des folies de Frêche.

Seule une séquence tardive de réunion pose un autre enjeu aux élections régionales. Au-delà de Frêche, il s’agit pour eux de garder le contrôle du PS local. Et c'est intéressant car à ce moment-là, la peur des parachutages parisiens et le sentiment de se sentir méprisé par les "élites du sixième arrondissement" paraissent plus réels que jamais. Pour autant, même dans cette réunion capitale, il n’est pas question de la succession de Georges Frêche. A aucun moment, la mort de celui-ci n’est envisagée. Sauf, au tout début, par Frêche lui-même. Il raconte que s’il perd, il écrira ses mémoires ; ou alors, il mourra, à force de s’emmerder. Ainsi, dans cet autre Président, le pouvoir n'use pas ; il rend immortel.

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