Oubliez tous vos préjugés sur John Wayne

Publié le 24 Juillet 2014 par Y dans Brèves cinéma

A en juger par cette extraordinaire interview de Playboy en 1971, il était bien pire, en fait. Fascinante rencontre avec un vieux bloc de l'Amérique qui s'effrite devant la journaliste, mais persiste jusqu'au bout dans son anachronisme. Bon point, ça me donne quand même envie de voir son film pro-Guerre du Vietnam.

"I don't feel we did wrong in taking this great country away from them, if that's what you're asking. Our so-called stealing of this country from them was just a matter of survival. There were great numbers of people who needed new land, and the Indians were selfishly trying to keep it for themselves."

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Géant de George Stevens

Publié le 22 Juillet 2014 par Yacine dans Brèves cinéma

J’ai vu le plus beau film de l’Histoire. Et quand on vit une telle expérience, il est normal de le crier à la face du Monde. Ca tombe bien, c’est justement la vocation du cinéma de tout englober, comme Géant. Des grandes étendues dorées aux disputes de salle à coucher. Des relations quasi-incestueuses entre un frère et une sœur, jusqu’au sort des Mexicains, à qui on a tout pris et avec qui il serait peut-être temps d’être gentils. C’est la magie du cinéma de prendre des personnes de 23 ans pour mimer le grand âge, feindre le poids des ans et engueuler des acteurs qui sont plus vieux qu’eux mais qui interprètent leurs enfants. Cette densité narrative et formelle, ces enfants qui chassent les parents du centre du récit, donnent à Géant un mouvement circulaire, comme si le film avait commencé sans nous et était destiné à ne jamais se terminer.

Il y a surtout le bouillonnement de James Dean, à la folie et au cabotinage contenus par les limites d’un second rôle. Et croyez-moi, il me tapait sur les nerfs dans La Fureur de vivre et A L’Est d’Eden. Grande figure tragique de Géant, Jet Rink (Dean) est successivement attachant, troublant, puant. Mais toujours seul, seul, seul. Une incarnation du rêve américain encore plus viscérale que Kane dans le Citizen d’Orson Welle. Surtout quand Jett, l'amoureux dépité, danse sous une pluie de pétrole, luisant, dégueulasse, victorieux. Accueillant les centaines de millions de dollars qui vont autant le pourrir jusqu’à l’os que le rendre immortel. Ou comme le dit l’Oncle, à la fin de la première partie, résumant la dureté flamboyante de ce chef d’œuvre, à qui il ne manque que quelques chevaux et 2/3 colts pour être un western :  "Tu aurais dû le tuer il y a des années. Mais il est trop riche maintenant".

 

Ecrit par Fred Guiol & Ivan Moffat d'après le roman d'Edna Ferber

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Le second acte de nos vies

Publié le 15 Juillet 2014 par Yacine dans Vrac

Parce que ça n'a qu'un temps, les vérités toutes faites et les formules à emporter sur la construction d'un scénario. Au-delà de la chasse au trésor, ce qui compte, c'est la manière dont un personnage surmonte le poids de sa propre existence, n'est-ce pas ? Ne vous fiez pas à leur CV : les scénaristes John August (Drôles de Dames 2) et Craig Mazin (Scary Movie 4) se livrent à une discussion passionnante sur les mensonges dont l'Homme a besoin pour avancer avant que ne s'impose à lui la nécessité de faire la lumière  sur sa nature profonde. Condition essentielle pour avancer dans sa vie  et dans le récit. Passionnant pour tout scénariste et pour toute personne en plein désarroi existentiel, et encline à l'introspection devant Internet.

 

Bonne crise de la trentaine.

Craig: This gives you a clue to your second act. What situations should this person go through so that their own delusion can be laid bare to them.

John: But they’re normal way of doing things and the normal person they’re presenting out into the world is called out in a way or is ineffective in a way and they’re forced to find a new identity.

Craig: Right. And this works in part because it is the function of drama to — why we are attracted to drama is because it illuminates our lives. All of us are delusional.

John: Yes.

Craig: Everyone on the planet is delusional. We are all walking around either ignoring something in ourselves, willfully or subconsciously, or simply misunderstanding ourselves. No matter how much therapy you go through, there will always be a glitch in the system because we’re made of meat. We are rational to a point, but the part of us that is irrational is not accessible by the rational, so therefore it’s happening out of our control.

John: Well, I would also question whether if you got rid of all your self-delusions, if you got rid of all of the lies, would you even have — would there even be a person left underneath there?

Scriptnotes (John August & Craig Mazin)

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Une excellente bande-annonce

Publié le 10 Juillet 2014 par Y dans Brèves cinéma

Cette bande-annonce des Diaboliques avait compris ce que ses petites soeurs actuelles ont oublié. Elle n'essaie pas de raconter une histoire, elle se contente d'installer une atmosphère, de laisser entrevoir le soupçon, les fausses pistes. Des scènes anodines ont l'air cruciales, des plans essentiels sont sortis de leur contexte. Certes, on sourit en coin au début à cause de le voix-off, mais pour le reste, elle est parfaite, à susciter le mystère tout en préservant le désir. Comme au début de toutes les grandes histoires.

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Molière en 2014

Publié le 8 Juillet 2014 par Yacine dans Vrac

Parce que, que l’on soit à la cour ou en 2014, les mêmes vérités sont là pour nous faire mal : les grands principes sont toujours faillibles, l’amour frappe souvent de manière ironique, celui qui est trop intègre est souvent un peu grotesque. Et le pire : les gens qu’on aime n’aiment peut-être rien d’autre que l’amour que leur porte la foule. C’est beau, c’est compliqué, c’est mélancolique.

En revoyant le Misanthrope (avec Michel Fau, il y a quelques mois), je me suis rendu compte que le spectateur prend le récit en pleine conversation et que la pièce se referme en chassant l’action hors champ, sans jamais la conclure. Cette vivacité donne envie de relire tout Molière. Bizarrement, si le moindre scénariste de Fourmiz s’enflamme pour Shakespeare, les auteurs français n’ont pas le même fétichisme avec Molière. On retient (à raison) les climax parfois paresseux mais on oublie l’à-propos de la parole, la perfection de la formulation des enjeux, les pleins et déliés de la construction … Enfin. Il n’est jamais trop tard pour prendre un peu de hauteur, avec le site Tout Molière qui propose l’intégralité de son œuvre en PDF. Et mieux, avec Molière 21, qui permet de découvrir la première version de Tartuffe, interdite en 1664 et reconstituée pour la première fois. Ca fait beaucoup de lecture, mais au moins, ça change des séries.

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Hunter S. Thompson : Trapped in The Gonzo

Publié le 3 Juillet 2014 par Yacine dans Brèves cinéma

Bon, Thompson était assez antipathique mais là n'est pas la question. Ce qui est intéressant dans ce portrait extrêmement touffu (son amitié avec Mc Govern ferait un superbe biopic), c'est le trou noir du dernier tiers. A un moment, on nous dit que Thompson a eu du mal à se renouveler passé 1975. L'image d'après, on est littéralement en 2002. Alors que le film s'est attaché à démêler le bouillonnement créatif de Thompson entre 1968 et 1974, les 25 années suivantes passent en quelques images à un mec torse nu qui recharge son fusil d'assaut. C'est pourtant dans ces années noires que se noue quelque chose de passionnant : le poids écrasant de l'œuvre sur son créateur, l'abîme que cela crée dans son âme.

 

« Le mythe prend trop de place, je ne suis qu'un appendice » En ayant repoussé les limites de sa conscience et de sa constitution, Thompson a accouché d'une œuvre qui le dépassait. Le rédacteur en chef de Rolling Stone n'en parle pas exactement en ces termes mais les articles plus tardifs de Thompson, ceux du déclin créatif, doivent être vertigineux et fatigants, comme un chien qui court après sa queue durant 25 ans. A défaut de plume, il restait à Thompson, la charge d'entretenir le mythe, jusqu'au bout. En se complaisant dans l'image du maniaque des armes à feux aux sinus rongés, Hunter S. Thompson a fini à l'ombre de lui-même, comme un vieux garçon qui refuserait de foutre le camp de chez sa mère. Dans ces conditions, son suicide de 2005 prend l'allure d'une libération. Ou de la victoire par K.O du mythe, tandis que l'homme en lui déclare forfait, à jamais perdu pour le monde.

Un documentaire d'Alex Gibney

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Jean Aurenche, écrivain de cinéma - rediffusions

Publié le 2 Juin 2014 par Yacine dans Actualités projets

Si vous êtes abonnés, notre cher Jean Aurenche, écrivain de cinéma repasse plusieurs fois en juin : http://programme-tv.nouvelobs.com/documentaire/jean-aurenche-ecrivain-de-cinema-818439/. Pour les autres, le film est toujours disponible en VOD chez Vodéo.

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Joss Whedon dans les restaurants

Publié le 17 Mai 2014 par Yacine dans Vrac

Longue discussion avec l'auteur de Buffy et des Vengeurs cinéma. Whedon dit des choses intéressantes. Notamment qu'il a pris l'habitude d'écrire dans les restaurants car c'est pour lui le meilleur moyen de rester concentré, de s'abstenir de vautrer dans la fange d'Internet (ce sont mes mots). Argument de poids : les restaurants ne sont pas connectés en wifi. Un temps ; il ajoute : « Well, they are now, but I just don't go on the Internet there ». Beau sursaut de volonté, n'est-ce pas ? Comme si la procrastination cessait à un moment de fonctionner et laissait la place à simplement deux questions fermées : « oui ou non ? » ; « Maintenant ou jamais ? ». Je prends note et garderai cette réflexion en tete quand ma boite mail me fera de l'oeil.

Autre passage éclairant, ce qu'il dit des auteurs qui se sont construits durant des années avec l'habitude de considérer le réalisateur comme un ennemi nécessaire, comme celui qui trahira leurs intentions, ne comprendra forcément RIEN et ratera les scènes essentielles du film. Whedon explique qu'il était comme ça. Et qu'une fois passé derrière une caméra, il a eu l'immense privilège de se trahir lui-même, d'oublier ses intentions en cours de route. A la fin du film, quand il s'est rassis face à son ordinateur, il s'est rendu compte qu'il ne croyait plus en rien ; qu'il était devenu son pire ennemi. Et c'est vrai que réaliser un film, quand on s'était dit qu'on se contenterait d'en écrire, ça revient aussi à devenir le fossoyeur de ses propres illusions. Est-ce que ça se passe vraiment tout le temps comme ça, ou est-ce seulement au début ? Je ne sais pas, on verra.

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