Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 13:21

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Le film sera projeté à nouveau la semaine prochaine, à la Péniche Cinéma. La projection aura lieu jeudi prochain à 20h30. L'entrée est libre et normalement, nous serons là. Je profite également de ce billet pour remercier Nicole Bertolt et Alain Riou qui nous ont fait l'amitié de présenter Le Cinéma de Boris Vian à nos côtés lors de la projection de la semaine dernière.


Péniche Cinéma, 59 Bd mac Donald / Métro : Porte de Pantin

A pied, à partir de la Porte de Pantin, prendre la direction du Zénith, le dépasser jusqu'au canal de l'Ourq, traverser le pont. Péniche  juste en face du Cabaret Sauvage. 10' environ. 

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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 23:03

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Bonne surprise : le roman doux-amer de John Fante a été adapté au théâtre par Pierre Delavène et le comédien Bruno Conan. Pour ceux qui l’ignorent, Mon Chien Stupide raconte l’arrivée d’un gros chien, un Akita, dans la vie de Fante, au moment même ou ses enfants quittent le foyer familial. Cynique, revenu de tout, se rabaissant sans cesse, Fante y fait l’inventaire d’une existence gâchée, symbolisée par ce gros chien qui veut violer les voisins. Au moment où il écrit ce roman, il n’a pas encore entamé Les Compagnons de la Grappe, son dernier grand livre. Moins ambitieux, Mon Chien Stupide est quand même attachant. Jouant tous les rôles dans un monologue qui ne lâche pas le texte original d’une semelle, Bruno Conan séduit par son application à mettre en valeur le travail de Fante. Cela donne un spectacle humain et intimiste qui ne manque pas de charme. C’est jusqu’au 17 février à l’Auguste Théâtre, tous les vendredis à 19 heures.

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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 01:50

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-  Voilà qui complexe, agace, désespère. Jamais Le Monde ne chroniquera une mixtape, et encore moins avec autant d’acuité et de rigueur. Mais ne blâmez pas Le Monde. Blâmez la presse française spécialisée dans le rap qui n’a pas su, en 20 ans, faire émerger de plume digne de ce nom. Vous me dites si je radote ? A part ça, j’ai trouvé la mixtape de Rick Ross pas terrible.


-  Parmi les accomplissements les plus importants de mon existence, j’espère qu’on retiendra mon 16/20 à mon mémoire d’économie du cinéma sur la production des Simpson. Je n'avais pas non plus beaucoup de mérites car la production de la série est porteuse de ses propres mythes tels que le tabou Sam Simon (co-créateur éjecté à la quatrième saison), l’énigme John Swartzwelder (scénariste aussi prolifique qu’asocial travaillant à domicile depuis des années) ou la légende Brad Bird (réalisateur originel devenu maître d’œuvre du blockbuster Mission Impossible 4). Pourtant, le lien que je vous propose n’a rien à voir avec tout ça : il s’agit juste des 100 meilleures références cinématographiques de la série. Un classement interminable qu’on feuillette avec un grand plaisir.


 - William Faulkner a eu une vie assez triste en fait. Mais pas dramatique, au sens romantique du terme. Non, juste un peu … pathétique. Avec des mensonges mesquins, des cuites pas même drôles, un clan de "parasites qui n’ont pas même l’élégance de se faire courtisans" et une vie de amoureuse sans passion. Heureusement qu’il savait écrire. Et parler aux étudiants. Cette conférence légendaire est riche en sentences qui semblent trop parfaitement déclamées pour être vraie. Ma préférée : "In the old days they could give a producer three hundred pounds of sugar and be reasonable sure of getting their names on the screen".


- J'aimerais écrire un grand article sur Ol' Dirty Bastard. Un papier définitif qui l’arracherait à ce demi-oubli et à cette image réductrice de "cracké de Wu-Tang". Il y a des choses vraiment attachantes chez ODB, et sa musique, oscillant entre la bouillie et l’instant de grâce, en fait partie. A défaut d’être à la hauteur de mes nombreuses ambitions, je fais suivre ce joli faux/vrai portrait d’ODB, déformé comme une silhouette en ombre portée. En fait, l’article du New Yorker relate plutôt le calvaire d’un homonyme de ODB qui se faisait harceler au téléphone par les fans du rappeur. Une histoire improbable, comme la vie du vrai Russel Jones. Je vous laisse lire, et d’ici là, je réfléchis.

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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 11:31

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"Et alors ?" me répondrez-vous. Et alors, sans l’album Quelques Gouttes Suffisent, je ne serais pas sûrement pas ici, à déblatérer sur le rap. Me trouver nez à nez avec Lino, ça n’a pas été pour moi qu’une occasion professionnelle. Non, c’était un rendez-vous avec l’Histoire.

 

En vrai, c’était pour une compile de rap. On m’avait convoqué dans un studio près de Montreuil pour réaliser des vidéos où les rappeurs de la compilation présenteraient leur morceau. Du basique. Le seul problème, c’est que dans la liste, il y avait Lino. Et là, d’emblée, j’ai flippé. Je n’avais que moyennement envie de me confronter à ce monument de mon panthéon personnel, un artiste dont j’avais piqué les meilleures phases au lycée pour les recaser dans mes dissertations de français. Quelque part, j’espérais même que Lino ne viendrait pas. Ce qui était d’ailleurs probable, vu qu’il était légendaire pour ses retards à rendre dingue la NASA. Ce jour-là, donc, les gens passaient dans le studio à intervalles  réguliers, écoutaient les morceaux de la compilation et se prenaient leur claque en écoutant celui de Lino. Ca faisait bien deux ans qu’il n’avait sorti aucun projet, depuis son solo Paradis Assassiné qui avait fait un bide en 2005. Mais de toute façon, en dehors de ses apparitions chez les autres, Lino n’avait jamais sorti beaucoup de disques. Alors, après ce revers, il avait repris sa routine et recommencé à poser sur les projets des autres. Ce mois-ci, sûrement, sort un album avec une apparition de Lino. Comme le mois prochain. Et comme celui d’après.

 

En fait, il est arrivé à l’heure. Seul, des grosses lunettes noires sur la figure et visiblement d’humeur taquine. "T’as intérêt à avoir du répondant" m’a dit le mec qui m’avait engagé. Je m’en suis rendu compte quand j’ai énuméré à Lino les questions que j’allais lui poser. M’arrêtant au bout d’une phrase et demi, il a haussé les sourcils, mi-surpris, mi-blasé : "Des questions sur la compilation ? Pourquoi tu veux me parler de ça ?". Silence. "Tu préfères parler du réchauffement climatique". J’ai cru percevoir une lueur d’amusement derrière ses lunettes. Il n’a rien dit mais a attendu que les caméras tournent pour se venger. Durant l'interview, quand je lui ai demandé de parler de son travail avec le producteur du disque, il m’a juste répondu que c’était "un gentil garçon" qui avait, je cite "des bonnes joues". Puis il m’a regardé, d’un air narquois qui signifiait qu’il y avait "un partout" au jeu du plus malin. Le reste était du même tonneau. Faussement dilettante, Lino faisait semblant d’avoir oublié le morceau qu’il avait enregistré ("J’ai écrit ça à l’arrache, je vous dis !"). Plus tard, il a critiqué l’interview en disant, en gros, que c’était à cause de mes questions si le rap avait une image de merde dans les médias. Mais qu’est-ce que j’aurais pu lui demander ? Pourquoi il n’avait pas fait de carrière à la hauteur de ses couplets ? A vrai dire, j’y ai pensé, mais il y avait d’autres rappeurs qui attendaient derrière la porte. 

 

Ensuite, on a demandé à Lino de rapper face caméra quelques phases de son morceau. Il a refusé tout net. Allez savoir pourquoi, il a insisté pour faire un couplet inédit, qui n’avait aucun rapport avec le disque en question. Ce n’était pas raccord, mais soit. Il s’est donc mis en cabine et a commencé à rapper. Moi, j’étais là, mais à vrai dire, je n’ai rien écouté. J’étais trop hébété par le spectacle auquel j’assistais. En fait, j’avais un peu l’impression d’être en face de Bruce Banner qui devient L’Incroyable Hulk. D’un coup, sa parole traînante est devenue précise, la gestuelle s’est fait moins molle, la voix s’est fixée sur une caisse claire. En l’espace d’un instant, miracle, le relou s’était changé en rappeur. Je me suis retrouvé bouche bée à fixer la scène sans rien entendre, assailli de flashes de ses anciens couplets. Je me suis pris dans la gueule des bribes de son matérialisme de façade ("passe-moi mon chèque, on fera la révolution plus tard"), de sa lucidité sur sa carrière ("je chante pendant qu’on m’enterre et que le rap chute de la chaîne alimentaire"), de ses limites et aptitudes ("j’ai le mental d’un athlète et les poumons d’un rasta"). Et en leitmotiv m’est revenu ce regard qu’il portait sur lui-même, une "cicatrice de mc" qui se paraphrase pour payer le loyer car, comme il le dit "rapper la banlieue, c’est [son] fond de commerce"

 

"La vie est belle comme une pin-up, une pipe, un strip-tease dans un peep-show … " En 1998 quand Lino avait lâché cette phrase sur l’album d’Oxmo Puccino, elle sonnait comme la déclaration d’un hédoniste qui se léchait les babines avant de croquer l’existence. Mais en 2004, quand Oxmo et Lino avaient intéterprété le titre à nouveau pour un freestyle radio, la phrase dans sa bouche n’avait plus le même sens. Elle résonnait  comme l’inventaire désabusé de ses occasions manquées, de ses albums non faits, des classiques non sortis. Depuis, quand Lino parle de la vie, c’est au pire comme une longue peine à purger ("seule la faucheuse viendra me gracier"), au mieux comme un match truqué. Mais au final, peu importe, tant qu’il reste debout et donne le change. Sans illusion, mais sans apitoiement non plus. Car si dans la vie, tout est tragique, rien n’est jamais non plus vraiment grave. Son couplet fini, Lino est donc parti. Enfin, je crois, je n’étais pas dans les parages à ce moment-là. Mais je peux supposer qu’à son départ, il avait toujours le même pas traînant et la même nonchalance feinte. Celle d’un mec passé à côté de la carrière qu’il méritait et qui depuis, affiche l’arrogance d’un roi sans royaume, à la fois majestueux et décadent. Ou comme il le disait lui-même en 2002 : "Gâcher son talent, c’est mourir un peu".


Article publié en 2008 dans Last Mag 24

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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 00:02

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via lehavrephoto.canalblog 

 

Les jours ne passent pas, les années passent trop vite, et à la fin, qu’est-ce qu’il reste ? Apparemment, des marques, des sourires de pubs et un Mur, des tours qui s’écroulent. Comme si les prénoms des gens qu’on a aimés avaient moins compté dans nos existences que Ben Laden ou les piles Duracell. C’est toute la réussite d’Annie Ernaux d’assumer le catalogue d’évènements et de slogans pour saisir quelque chose de ce tourbillon. Le terme "autobiographie collective" est très bien trouvé, car il correspond à cette idée maitresse du texte : celle qu’on est toujours, quoiqu'il arrive, le produit de son époque. C’est spécialement vrai pour l’auteure qui a embrassé l’ambition collective de Mai 68. Mais c’est aussi vrai pour nous, qui vivons avec une connaissance aiguë d’un air du temps qui se dissèque huit fois par jour. Et on a beau vouloir vivre à côté de son temps, s’ajuster en permanence pour le fuir, on se dit de plus en plus qu’on rate forcément quelque chose. A ce titre, l’exemple d’Annie Ernaux est parlant : a-t-on pensé à tous ces gens qui admiraient un tableau du dix-septième siècle dans le calme d’un musée, pendant que les tours new-yorkaises s’écroulaient ? C'est peut-être pour ça qu’Ernaux, dans ses pages, continue sa course, ne s'attarde jamais sur un moment en particulier. Car le pouls de l’existence est précisément impossible à mesurer. Et peut-être parce que la vraie vie, c’est justement tout ce qu’on rate.

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 13:50

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The West Wing et Social Network sont indissociables. Pas seulement parce que le style Sorkin se retrouve tel quel de l’un à l’autre, mais aussi parce que certaines thématiques, comme l’aliénation sentimentale des gens trop brillants, étaient déjà exposés dans la série. Ces temps-ci, j'ai revu la saison 3, avec les retrouvailles entre Josh et sa copine de fac.

 

A un moment, ils profitent d’une vague histoire de subvention sur le congé parental pour se draguer ouvertement. Et cet échange a tout du prototype de la fameuse scène d’intro de Social Network. Ca devient même flagrant quand Josh évoque ses dures années de petit génie du campus, condamné à réviser pendant que tous les autres batifolaient. Autre pont intéressant : j’ai également appris que le classieux discours de Sorkin aux Oscars pour Social Network était aussi pour lui le moyen de se racheter après quelques excès narcissiques durant la production de … West Wing. Durant la saison 1, Sorkin avait reçu un Emmy Award pour un épisode écrit avec un collaborateur. Manque de temps ou de classe, Sorkin n’a pas mentionné une seule fois le co-auteur (Rick Cleveland) pendant son discours. Ca n’arrangeait rien de savoir que l’épisode en question était basé sur la vie du dit collaborateur et sur la fin douloureuse de son père. Quitte à s’enfoncer encore plus, Sorkin pondra un post arrogant et mensonger sur le forum des fans de West Wing, minorant le rôle des autres scénaristes et racontant n’importe quoi sur le partage des droits d’auteur. Pris sur le fait, il s’est confondu en excuses, justifié en longueur dans le New Yorker. Il a fini, sûrement pour mieux expier sa faute, par consacrer tout un épisode de West Wing à sa mésaventure. Saison 3, je crois ? En tout cas, c’est irrésistible. Ce discours des Oscars boucle donc la boucle et lui permet d’achever sa rédemption en grandes pompes. Mais c’est bien de savoir que Sorkin traîne trop sur Internet ; ça nous fait au moins un point commun.

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 14:18

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Batman ressemble beaucoup à Mickey Mouse : c’est une silhouette reconnaissable à qui on peut faire faire tout ce qui est imaginable. Batman peut être aussi bien Zorro que James Bond, Buck Rogers que Dick Tracy. Il est alors dommage que la richesse du mythe soit si peu exploitée et que la version qui triomphe actuellement soit la moins intéressante : celle d’un pessimisme compassé et d’un réalisme psychorigide. Je pourrais être grossier avec cette escroquerie qu’est The Dark Knight, mais soyons joyeux et coloré, les amis. Soyons Pop-Art comme les onomotapés de Batman, le film de 1966. Certes, Batman y est gentil et s’y ballade en plein jour mais, à l’époque, c’était pire dans la BD. Si j’avais le temps, je vous scannerais l’épisode de 1959 où Batman pousse un caddie dans un supermarché, cherchant un cadeau pour Superman. Dans ce contexte, le film respecte les fondamentaux du personnage, même si l’essentiel est ailleurs : dans cette manie qu’a le film de saboter ses propres rebondissements. Dans un recours au Deus Ex Machina que seul Tintin en Amérique peut concurrencer. Dans une répétition hypnotique des codes du serial au sein d’une forme unitaire. Plus concrètement, si vous voulez voir Batman flanquer des roustes à un requin en plastique ou sauver le conseil de sécurité de l’ONU de la déshydratation (!), ce film est pour vous. Une véritable curiosité que AOA Productions a la bonne idée de programmer le vendredi 20 janvier 2011, dans cette ville qui s’appelle Lyon. Et foi de ma mauvaise foi, vous pouvez me croire : ça a quand même une autre gueule que The Dark Knight.


Vendredi 20 janvier 2011 à 20 heures / Boulangerie du Prado, 69 rue Sébastien Gryphe, Lyon 7ème.

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 14:56

 

 

J’ai lu dans le Nouvel Observateur version papier (vous savez, ce truc qui vient des arbres), un article sur le prochain scrutin présidentiel aux Etats-Unis. Mis à mal par le redécoupage des états républicains (qui restructurent très discrètement leurs collèges électoraux à la hache), Obama pourrait bien ne pas être réélu.

 

La postérité s’en souviendra peut-être : Obama semble être le premier président américain à avoir acté la perte de puissance de sa fonction, aussi bien à l'intérieur, à l'international que sur le plan constitutionnel. L’aveu de faiblesse ne fait jamais très noble dans les livres d’histoire, mais de la part d’un homme qui avait transformé le volontarisme en idéologie ("Yes we can" etc…), ça devient franchement amusant. Alors, que restera-t-il de son mandat ? Eh bien, rien que pour me faire remarquer, je dirais : sa réforme du système de santé et ... la chanson My President Is Black de Young Jeezy et Nas. Je l’ai réécoutée récemment, pour voir si l’émotion contenue dans ce titre passait le test du temps et des échecs. La réponse est positive. Mieux, My President a changé de teneur au fil des ans. En 2008, c’était un hymne bêtement matérialiste, réduisant Obama à une couleur clamée dans le refrain. Trois ans après, c’est un merveilleux concentré des espoirs et lacunes de sa présidence. Mon président est Noir, oui. Et c’est tout. Comme si la pauvreté politique du morceau rendait la célébration encore plus pure et pertinente. Jeezy ne loue pas un programme politique mais un symbole et il semble bien, que quelques espoirs et chèques en blanc plus tard (le Prix Nobel de la Paix battant des records à ce jeu-là), c’est tout ce que l’Histoire voudra retenir. Ca pourrait rendre amer et encore plus désabusé que d’habitude, n’est-ce pas ? Jeezy avait-il vu juste avant tout le monde ? Même en tirant sur la corde, je n’irais pas jusque-là. En revanche, c’est là où le morceau est beau : chaque fois que je le réécoute, j’ai l’impression d’être en 2008, et qu’on est le 5 novembre au matin.

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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 14:46

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En attendant de nouvelles diffusions de notre film (en janvier, je suppose), voici les quelques articles sympathiques qu'on a pu avoir. On a eu aussi des choses dans la presse papier, mais je ne pousserai pas le dévouement jusqu'à les scanner. Voici quand même l'article de Télérama (Histoire d'un arrache-coeur); une critique qui pointe très justement les éléments qui nous tenaient à coeur durant le montage ; l'interview que Stéphanie Rouget a réalisée pour la fabrique de scénarios ; et une autre critique de Scénario-Buzz. J'espère qu'au minimum, ça vous fera tous culpabiliser de ne pas être abonnés à Ciné +. Non ? Quoi qu'il en soit, ça nous fait très plaisir et comme d'habitude, nous motive à l'idée de faire vivre ce film. J'espère avoir une ou deux projections à vous annoncer en 2012. Et d'ici là, meilleur consumérisme irraisonné à vous et à vos proches. A bientôt.

 


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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 12:55

Dans le futur, quand le rap français sera enseigné dans les écoles, That’s My People (Supreme NTM, 1998) fera sans nul doute partie des fondamentaux du programme. Avec ses deux notes de piano triste, son scratch made in Method Man et ses couplets sur le malheur existentiel des squatteurs de cage d’escaliers, ce morceau restera dans l’histoire comme la synthèse d’une certaine façon de concevoir le rap mélancolique à la toute fin du 20eme siècle.

Enfin, j’ouvre ma gueule, mais je n’ai jamais été vraiment fan de ce titre. Pendant des années, il n’y avait guère que le passage où Kool Shen dit "Construire est ma seule excuse au fait de prendre l’âge", pour réellement m’interpeller. Peut-être parce que je n’étais pas sûr d’en comprendre complètement le sens … Cette chanson restait en tout cas pour moi un monument du rap français, certes incontournable, mais dont la beauté ne me touchait pas. Jusqu’à ce récent vendredi soir. Alors que je m’apprêtais à dormir, j’ai allumé la radio, machinalement. A l’antenne, le rappeur Sinik allait diffuser, dans le cadre d’une carte blanche, un "classique du rap français". Je me suis douté que je n’allais pas échapper à ce That’s My People, mille fois entendu. Secrètement, j’ai quand même espéré qu’on me passerait la reprise live de 2005 (avec Sinik, justement, et Kery James), ou à la limite la suite, réalisée en 2006 par Sinik (encore lui !) et Kool Shen. Mais quand la version originale a débuté, j’ai soupiré en roulant sur mon oreiller. J’avais quand même autre chose à foutre que de réécouter un morceau dont je connaissais tous les couplets sans même l’avoir voulu ! Pourtant, ce soir-là j’ai eu l’impression de le redécouvrir. Peut-être était-ce dû la fatigue, à la magie de l’instant, ou à l’acoustique de ma chambre, mais en tout cas, j’ai entendu That’s My People comme jamais auparavant.

Jusque là, That’s My People, c’était pour moi une chanson emblématique du crépuscule de NTM : Kool Shen y prend son envol de rappeur solo alors que Joeystarr, qui n’est même pas cité une seule fois, semble être tout entier renvoyé au passé (cf le clip où il n’apparaît que via des archives en noir & blanc). Sans parler de cette bande-son qui donne au titre des airs de dépôt de bilan de toute une époque… Sauf cette fois, derrière les phrases de Kool Shen, je distinguais une autre voix, plus claire, qui appuyait certaines phrases de son arrogance juvénile, à l’aide de « oh », « ah », et « hun hun » à chaque moment opportun. Entendant ça, j’ai bondi de mon lit et, debout dans le noir, je me suis penché au-dessus de ma radio pour augmenter le son. L’oreille collée à l’enceinte, j’ai commencé à plisser les yeux. A la fin du deuxième couplet, le constat était sans appel : cette voix, c’était celle de Busta Flex ! D’un coup, je comprenais beaucoup mieux pourquoi il apparaissait dans le clip du morceau, à pisser fièrement sur l’affiche du FN. Ce morceau, c’était aussi un peu le sien !

Alors que le deuxième couplet défilait, toute l’histoire commune de Kool Shen et Busta Flex m’est revenue en tête. En 1998, Busta Flex c’était un peu la promesse pour Kool Shen d’une nouvelle carrière de mentor de jeunes rappeurs. Busta, c’était le jeune espoir qu’il avait révélé au grand public via le label IV My People. C’était un nouveau complice artistique, aussi bondissant que Joeystarr, mais plus jeune, plus joyeux, plus technique aussi. Seulement, passé le disque d’or de Busta, l’union sacrée du vieux sage et du jeune fougueux n’a pas duré très longtemps. Deux ans en tout. Le temps pour Busta Flex de vouloir enregistrer avec d’autres gens, et pour Kool Shen de le lui interdire formellement. Avant même la fin 1999, Busta était parti en solo. Il n’a, depuis, jamais retrouvé le succès de cette époque. Et Kool Shen, lui, n’a jamais recrée cette complicité, avec aucun autre de ses poulains.

Ainsi, au moment du troisième refrain, That’s My People s’était déjà trouvé paré d’une nouvelle signification à mes yeux. Car plus qu’aucun featuring m’as-tu-vu, ce qui rend palpables dans le rap les vrais moments d’amitié, ce sont ça : les petites interventions gratuites, discrètes, même pas créditées. Ces petits mots glissés au détour d’une mesure et ces quelques onomatopés en signe de complicité qui viennent figer des relations souvent éphémères. Dès lors, l’espace de trois petites minutes, debout dans le noir, j’ai été triste pour Kool Shen, j’ai été triste pour Busta Flex et j’ai été reconnaissant envers Sinik pour cette révélation nocturne. Alors, une fois encore, merci à lui. Et tant pis pour moi si j’ai mal entendu.

Publié en mars 2008 sur Details Matter 
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