La Petite Fille Moche
Les infos de survie élémentaires :
Du 8 au 31 juillet 2009, tous les jours à 10h45, au théâtre Tremplin (8ter rue Cornue, 84000 Avignon)
Réservations : 04 90 85 05 00.
Ces temps-ci, je déprime. Chaque fois que je vais dans un kiosque à journaux, je finis bras ballants à chercher quoi acheter, tout embêté que je suis de ne pouvoir y claquer mes revenus faramineux. Pourtant, entre le rap, le cinéma et la bande dessinée, je ne manque pas de centres d'intérêts. Mais entre le mariage forcé Studio-CinéLive et Première qui finira par ressembler à Pif Gadget, je ne préfère rien acheter sur le cinéma ces jours-ci.
Pour le rap, c'est pire: A chaque fois que j'ouvre XXL, le marché du disque s'est effondré d'un nouveau cran. Auparavant, chaque rookie qui débarquait glosait sans fin sur l'argent qu'il se faisait et vendait chaque pseudo deal parallèle (musique de jeux vidéos, pub pour une obscure ligne de fringues, séries Z d'action en DVD....) comme la brique d'un gigantesque empire en devenir. Aujourd'hui, c'est tout juste si les mecs qui passent en boucle en radio nous avouent qu'ils mangent pas à leur faim tous les soirs. Entre les faiseurs de tubes qui ne vendent pas beaucoup de disques (Salut Flo Rida), les next big thing qui finissent en pétard mouillés (bien ou quoi Asher Roth ?) et la clique des mecs du Sud en couverture qui déclare, sans ironie que le succès leur importe moins que de "voyager et se faire des amis", j'ai la macabre intuition que le rap se transforme lentement en un marché de niche. Impression renforcée par la baisse de qualité de XXL où les interviews par téléphone ont remplacé les (forcément) plus coûteux, plus longs et plus substantiels portraits et reportages.
Heureusement, il me reste la bande dessinée et Comic Box. C'est paradoxal car je ne lis presque plus de comics. Manque de temps et puis le pote qui m'en prêtait habite trop loin maintenant. Pourtant, face à l'hécatombe qui touche les maisons de la presse, je reprends un vrai plaisir à lire Comic Box et à avoir des nouvelles de mes anciens super-héros favoris. Déjà, c'est bien pratique de savoir où en est chaque personnage, sans avoir à se farcir des kilos de pages mal écrites. Mais surtout, le ton employé par l'équipe donne l'impression d'avoir en face de soi un ami d'enfance super calé qui a envie de partager tout ce qu'il sait, sans jamais vous reprocher de ne pas en connaître autant que lui.
En plus, malgré un marché au plus bas (les comics sont dans le rouge depuis bien plus longtemps que les rappeurs), chaque intervenant (du journaliste aux auteurs interviewés) conserve une passion intacte pour sujet. L'autre gros atout de Comic Box, c'est que malgré leur intérêt pour l'actu brûlante, ils trouvent toujours un moyen de la rattacher à l'histoire connue du medium, quitte à aller chercher très loin. Dans ce numéro, par exemple, il y a un article du toujours impressionnant Xavier Fournier, sur l'histoire du catch dans les comics des années 50 à nos jours. Que dire de plus ? Je n'ai à leur reprocher que leurs 30 pages de BD bouche-trous que personne ne lit, mais à part ça, Comic Box a trouvé l'équilibre parfait, évitant à la fois l'oeuvre de fan repliée sur elle-même et le risque du magazine trop généraliste. Tant qu'il y aura de la place pour une presse spécialisée de ce style dans les kiosques, je continuerai à me dire qu'il y aura une parcelle d'espoir et que cette saloperie d'Internet n'aura pas encore tout à fait tout bouffé. Amen.
Sur l'abcdrduson, entretien-fleuve avec Anthony Cheylan, ancien rappeur, parolier occasionnel, rédacteur intermittent, chef de projet chez Because Music durant trois
et un de mes amis (mais ça il n'en parle pas dans l'interview). Pour suivre les multiples avatars de sa destinée balzacienne, c'est ici. PS :
Retournez-y dimanche prochain, il paraît que la suite est mieux.
Edit : J'avais raison, voici la part II.
J'aurais bien aimé disserter sur la conclusion de Gotham Central, mais je me suis arrêté en plein milieu du dernier tome. Du coup, ça ne me permet pas de re-dire du bien de cette série, où les intrigues sont banales au possible mais où les personnages sont attachants et, comme les auteurs, pleins de bonnes intentions. J'aurais pu re-parler de The West Wing, mais je ne l'ai toujours pas finie. J'aurais pu parler de The Wire mais je n'ai toujours pas commencé. J'aurais dû livrer un souvenir ému de ma visite de l'expo sur Le Petit Nicolas mais j'ai failli la rater la première fois et c'est bien parti pour que je rate aussi les prolongations. Par contre, j'en profite pour dire que le film ne me fait vraiment pas envie, malgré le bien que je pense du tandem Tirard/Vigneron. Puis rien qu'à l'affiche, je n'ose pas imaginer univers plus éloigné de Sempé.
Alors, malgré tout ce que je rate, je me console en me disant que c'est parce que je travaille pas mal en ce moment. Ca consiste, depuis quelques temps, à lire du Feydeau, du Simenon, du Marcel Aymé, à voir des films des années 40 à nos jours, à lire plein de scénarios (tournés ou non), à compulser des coupures de presse des années 50 et à parler avec des gens qui ont des décennies de carrière derrière eux. Il n'y a rien de mieux que de sentir des mondes entiers qui s'ouvrent devant vous et qui vous poussent à remettre en question vos goûts et références. Je vous rassure, je trouve toujours un peu de temps pour écouter Joe Budden ou je ne sais quel autre rappeur condamné à rapper dans l'indifférence générale (Freeway, quoi de neuf ?). Ce genre de mélanges des genres me plaît, et même si j'ai conscience que ce n'est pas la façon la plus cohérente de mener une vie professionnelle, j'aimerais continuer comme ça un bon moment. En attendant, portez-vous bien et rendez-vous dès que j'aurai de nouveau des trucs à dire ou quelque petite activité à relayer. A bientôt.
PS : Mon pote Dreyf a ouvert son site et l'initiative me réjouit, même s'il n'y pas encore grand-chose là-bas.
Je ne sais pas trop quoi penser de Relapse : trop long, trop dense, trop touffu, trop impersonnel (je le voulais, mon Proof tribute, bordel!), l'album est quand même sacrément addictif. Parce que c'est Eminem ? Peut-être. Écouter Relapse, c'est comme prendre des nouvelles d'un ami convalescent. Ou ici, qui reprend goût au rap en attendant de trouver des choses à dire. Débauche de technique intemporelle servie par un mix cristallin, l'album tourne quand même à vide durant ses deux premiers tiers. Peu importe le nombres de starlettes dans le coffre ou tout ce valium écrasé dans la purée, les couplets se mélangent immanquablement. Ce n'est qu'avec le doublé Déjà Vu - Beautiful que les choses se nouent. L'engourdissement des jours qui passent doucement dans l'indolent Déjà Vu et l'ambiance de gueule de bois de Beautiful ont un effet catharsique. Marthers se confie après tant d'atermoiements et les choses sérieuses peuvent enfin commencer. Seul problème : l'album est déjà presque fini. Mise en scène d'une lucidité tardivement retrouvée, Relapse voit son centre de gravité déplacé vers la conclusion. Reste donc Underground, qui sonne (dans le meilleur sens du terme) comme un bonus track du Marshall Mathers LP. Eminem y rappe comme une machine hors de contrôle, incrédule d'avoir récupéré toutes ses capacités. Le résultat est jouissif malgré le mauvais goût du refrain. Métaphore de circonstance : c'est comme si, de son vivant, le défunt Christopher Reeve s'était levé de son fauteuil pour s'envoler d'emblée dans le ciel. Alors Relapse ? Ultime baroud d'honneur ou simple teaser pour un Relapse 2 dans la lancée d'Underground ? Seul Eminem le sait. Rendez-vous au prochain come-back.
Ignorant Shit (Original) – Jay-Z : Il faut être dur, mais honnête : cette chute du Black Album a plus de classe et d'élan naturel que tous les post-scriptum de la carrière de Jay-Z. Et à côté, la version liftée qui se trouve sur American Gangster ne fait pas le poids. Qu'est-ce qui fait la différence ? L'intro de Pain in da Ass en plus ? Le come-back poli et furtif de Beanie Sigel en moins ? Le bref troisième couplet qui propulse le propos du titre vers de nouveau sommets ? Ou c'est peut-être simplement le fait que lorsque Jay-Z se compare à Lyor Cohen en 2003, c'est génialement visionnaire, en regard de l'évolution que ça annonce. En 2007, c'est tout bêtement prévisible et un peu trop évident.
I Do It For Hip Hop – Ludacris, Nas, Jay-Z : Un jour, faudra que je parle de Ludacris, de son immense talent et de son côté beaucoup trop propre sur lui qui l'empêche de donner sa pleine mesure. Ici au moins, il ne dépareille pas au milieu de deux légendes dont il est presque l'égal. Des trois couplets, je retiens Jay-Z qui, du haut de ses 433 millions de dollars, ne manque pas une occasion d'enfoncer la tête de Jaz-O dans le sable. C'est gratuit, c'est bas et c'est mesquin mais ça fait du bien dans un titre peut-être trop plein de bons sentiments.
My Medicine – Snoop Dogg : Snoop est un génie. Avec Ego Trippin', il nous confirme qu'il constitue un genre à lui tout seul : il fait du Snoop, et si ça ne vous plaît pas, c'est la même chose. Enfin, j'ai cru comprendre que l'album n'avait pas trop marché donc je pense que ça calmera ses ardeurs pour son prochain disque, sûrement plus traditionnel. Dommage pour Ego Trippin', mais la postérité se souviendra de ce disque.
Gangsta Don't Play – Fabolous & Junior Reid : Un orgue funèbre, la lourdeur du climat, le temps qui paraît s'arrêter, des anges qui volent au-dessus de nos tête et Fabolous qui voit les balles passer. Junior Raed fait beaucoup pour l'atmosphère de ce titre, mais quand même ! En l'écoutant, je me dis que Fab est passé à côté d'une vraie carrière, tel un miraculé, un peu comme on passe entre les trajectoires des tir croisés.
Harder Than You Think – Public Enemy : Ca exhale un parfum particulier pour P.E., habitué depuis des années à l'aigreur et à la lutte perpétuelle contre on ne sait trop quoi (Bush, les autres rappeurs, l'industrie du disque …). Avec How To Sell, le groupe s'ouvre à nouveau, reprend plaisir à faire de la musique et contemple son héritage : celui d'un groupe légendaire toujours sur le pied de guerre. A ce sujet, je le redis : Flavor Flav for president. 25 ans après Public Enemy #1, il déclame la même intro à la perfection, donnant le coup d'envoi de Harder Than You Think, marche triomphale de Public Enemy vers le Panthéon. En fermant les yeux, on peut imaginer le groupe au complet, en plein rappel et sur la scène qui leur revient de droit : celle du Madison Square Garden.
Je ne prétends pas faire la chronique définitive de cet album, je n'ai ni le temps, ni l'énergie, ni l'envie de le disséquer. En plus, j'ai le sentiment que The Padded Room renferme une part de mystère qu'il convient de préserver. Car comment expliquer le fait que, malgré des prods oscillant entre le cheap & le kitsch, un mix brouillon, une faute de goût olympique (le morceau avec The Game), ce disque me plaise autant ? Peut-être parce que dans la majeure partie de The Padded Room, Joe Budden fait sécession avec la réalité. Contrairement à ses grandes heures de la série Mood Muzik, il ne s'agit plus pour lui de raconter son endurance à l'adversité, ses problèmes avec son label ou avec la mère de son gosse. Non, Joe Budden ne parle que de lui, de son esprit ostensiblement torturé, des visions d'horreur de la dépression (Exxxes), des traquenards planqués dans son sommeil paradoxal (In My Sleep), des remords qui viennent le tourmenter d'une voix divine (Pray For Me), des souffrances qu'il s'inflige autant par plaisir que par habitude … Et quand il pulvérise Prodigy sur un air de 2pac (Blood On The Wall), dans une chanson qui n'a rien à voir, on peut se demander ce que ça fiche là. C'est peut-être juste son esprit auto-destructeur qui s'égare ou la réalité qui se rappelle à lui, mais peu importe après tout.
On pourrait dire que l'album aurait été mieux s'il était sorti chez un label avec un peu plus d'argent, histoire d'enrober ces litanies de plus jolies musiques. Mais non, car si Joe Budden avait été sur un plus gros label, il n'aurait sûrement jamais raconté ça. Il aurait sûrement pondu d'autres nullités comme The Future, Touch And Go ou Gangsta Party. Mais perdu dans son label de niche de Philadelphie, Joe Budden semble s'adresser à un public clairement identifié : les membres de son forum de fans et quelques types disséminés par-ci par là. Comme si la petite taille de son public encourageait les confessions les plus impudiques. Comme si son absence de succès était le seul réel carburant de son talent particulier.
Oui, Sorkin est parti et l'aisance insolente de West Wing s'en est allée avec lui. Plus de passe-passe étourdissants dans des couloirs interminables ni de séances bluffantes de rhétorique … Mais à la place, le très compétent John Welles joue à fond la carte du feuilleton (la maladie du président sert enfin à quelque chose) et de la politique-fiction (et si on faisait la paix au Proche Orient ?). Surtout, c'est la perspective de la succession de Bartlet qui redonne un enjeu au show et me passionne à nouveau, alors que j'avais maté la saison 5 d'un oeil tout juste poli. Dans cette sixième année (la septième du président), l'organigramme du staff est bousculé, des dissensions apparaissent et le suspense joue à plein. Mieux, cette idée de casser complètement la structure du récit en divisant en deux la saison (à chaque épisode à Washington répond un épisode sur la campagne Démocrate) est aussi frustrante que jouissive puisqu'elle élargit le champ de la série. Tout à coup, West Wing repose plus sur un concept général que sur des personnages définis. Proche de l'anthologie, elle pourrait durer éternellement et chroniquer les mandats d'une longue lignée de présidents fictifs. Si seulement. Tout ce beau monde ferme le ban avec la saison 7, qui m'attend sagement dans mon armoire. Quoiqu'il en soit, j'ai encore 24 épisodes à voir mais je trouve que West Wing a bien survécu à son créateur. Et c'est là la marque des grandes séries.