Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 10:31

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"En attendant, je me dis que dans ce métier, je devrais plutôt dire dans cette occupation, dans cette façon de vivre, dans ces allées et venues entre l’idée et la misère, j’apprends tout de même, au hasard du chemin, des choses très intéressantes, un jour sur les diamants, un jour sur les chiens".

 

Malgré quelques longueurs, Mon chèque de Jean-Claude Carrière est charmant, par son intrigue à tiroirs. Dans ce roman, TOUS les éléments extérieurs (l'administration, un chien mort, Bernard Madoff) se mettent d'accord pour empêcher un scénariste de récupérer son dû. Mais cette farce autour des avances et arriérés est surtout éclairante car elle nous vient d’un auteur qu’on ne peut suspecter d’aigreur. Et au bout du compte, qu’est-ce que Carrière nous dit ? Que quelque part, quand on tarde à être payé, on est content. Car, paradoxalement, ce chèque virtuel, c’est quand même une rentrée d’argent sur laquelle compter. Et car c’est toujours plus agréable d’aller, venir, courir, réclamer, harceler que de douter en pensant à son prochain projet. Dans ce roman, le scénariste gobe des couleuvres de huit mètres quand il s’agit de son prochain paiement ; mais il le vit plutôt bien au bout, du compte. Comme si, en bon conteur, il se sentait forcé de respecter le talent de bonimenteur de son producteur. Mais surtout, il sait qu’une fois le fameux chèque dans ses mains, certains vieux doutes reviendront le tenailler. Satané complexe de l’imposteur. Est-ce que certains producteurs peu scrupuleux exploitent sciemment cette corde ? Non, je pense qu’ils s’en fichent.

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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 09:10

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Eh oui, encore. Notre film Jean Aurenche, écrivain de cinéma continue sa vie avec donc cette nouvelle soirée en Languedoc Roussillon. Je serai présent pour un débat après le film, puis viendra le tour de Gervaisede René Clément. C’est un choix intéressant car il ne s’agit du film auquel on pense le plus quand on parle d’Aurenche. Si ce n’est pas le plus fou ou le plus original de sa filmographie, cette adaptation de Zola est quand même représentative d’un certain faste dans les décors, le casting ou la reconstitution d'une époque. Et le film comporte aussi sûrement la meilleure dispute entre deux blanchisseuses de toute l’histoire du cinéma français. Mais on parlera de vive voix, si vous venez.

Institut Jean Vigo, 1 rue Vielledent, 66000 Perpignan - Projection à 19 heures


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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 19:58

Faisant partie des auditeurs qui n'ont pas lâché Lino d'une semelle entre la sortie de son premier album solo (2005) et celle de Radio Bitume (lundi dernier), j'ai pensé que j'avais une petite légitimité pour pondre un récapitulatif de ses "années perdues" : fulgurances, projets avortés, moments de silence radio ... Au bout du compte, ça donne l'impression que Lino a su, malgré lui, entretenir son mythe d'artiste maudit, même quand il gérait sa carrière par-dessus la jambe. Si ça vous intéresse, allez donc sur le site de l'abcdrduson.

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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 18:38

 

Superficiel, monté à la hache, bruyant et fatigant, le documentaire The People vs George Lucas a au moins le mérite de poser une question capitale : à qui appartient une œuvre achevée ? Au créateur ou à son public ? Avec la culture populaire, matière vivante par nature, la question se pose doublement. Et le cas Star Wars est crucial : entre 1983 et 1999, George Lucas s’est tu, tout en laissant entendre que la saga reprendrait un jour. Les fans se sont engouffrés dans cette brêche et ont fait de Star Wars une oeuvre intéractive. Ils ont retourné les épisodes avec des Legos ; ils ont débattu de l’arbre généalogique de la famille Chewbacca. Ils ont imaginé, attendu, rêvé, magnifié chaque détail des arrières plans. A partir de là, il était trop tard pour que Lucas impose ses restaurations ou la réécriture des films. Le créateur a eu beau faire croire que Star Wars était une oeuvre strictement personnelle, minorer les apports de Keshner, Brackett ou Kasdan et reprendre le travail tout seul, c'était trop tard. Quand il est revenu à l'ouvrage, vers 1997, Star Wars ne lui appartenait déjà plu. Comme le dit un des 454 témoins de cet objet intrigant, George Lucas, avec ses films suivants, a crée une fan fiction de sa propre œuvre. Aujourd’hui, tente-t-il de reprendre la main que ses fans le comparent à un négationniste réfutant l’existence de l’Holocauste. Ou le traitent de pédophile métaphorique dans cette chanson même pas drôleCollective malgré elle, démocratique par la force des choses, Star Warsétait peut-être condamnée dès le départ à rester une œuvre de fan. Mais vu les origines de la saga (à la base, il s’agissait quand même d’adapter Flash Gordonsans payer les droits), ce n’est que charité bien ordonnée.

 

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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 00:48

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"Il apparaît en effet que les masses ont tort, et les individus toujours raison"

 

Cette vérité absolue provient de la préface de L'Ecume des Jours. Et puisque nous sommes au rayon des certitudes, ce qui était vrai en décembre se défend toujours en mai : le roman en question revu par la compagnie Charles Est Stone (ex - Attrape Coeur si j'ai bien suivi) est un spectacle hautement recommandable. J'explique pourquoi dans le lien ci-contre donc allons à l'essentiel : la pièce a été revue et la mise en scène retouchée ; une représentation unique aura lieu au Theatre de l'Agoreine (Bourg la Reineà à 20h30 et les places sont à 7 et 10 euros. Réservations : basile_lefebvre@hotmail.fr. Ai-je tout dit ? Sinon, la citation en exergue était juste pour le plaisir.

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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 11:28

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"Dry, je t’ai toujours connu respectueux mais t’as dû t’habituer au quartier en mode crapuleux. Tu y as laissé une part de toi-même derrière tes sourires et je devine quand même la rage derrière tes fous rires"

Kery James, Marqués à vie

 

A l’époque, quand je faisais des interviews ou autres, j’étais content de croiser Dry. Il était courtois et souriant, malgré ce qu’on connaît : les histoires de rue, les membres d’Intouchable décédés et l’odeur de souffre qui suivait le groupe. Soutien du 113, de Rohff ou Kery James, Intouchable est légendaire sans jamais avoir connu le succès en son nom propre. Ce doit être usant à force mais Dry gardait ça pour lui. Sans être devenu une superstar, il connaît aujourd'hui une période faste puisqu’il est signé sur le même label qu’un groupe de rappeurs "polis et souriants" : Sexion d’Assaut. Et ce soir-là, au concert privé de Dry organisé par Trace TV, l’ambiance était étrange. Des ados de 17 ans en t-shirts Wati-B (la marque du groupe) côtoyaient des anciens figurants du clip de Pour Ceux. Le contraste était le même sur scène et j’avais parfois l’impression que les facettes de sa carrière s’emboîtaient mal. Démon One et le groupe de Choisy-le-Roi Assoce de Malfrats ont ainsi partagé la scène avec Vitaa et à Maître Gims. Grand écart intenable ?  

 

Peut-être pas pour Dry. Déjà à l’époque de la Mafia, il se distinguait par son flow quasi-chantonnant, ses petites roulades et ses assonances, qui n’étaient pas trop dans les habitudes de la maison. On n’y prêtait pas forcément attention ; et je ne sais pas si les ados qui ont sautillé sur Wati By-Night, se sont attardés sur lui, mais il est encore là. De même, malgré sa discrétion, sa présence sur un grand nombre de classiques du rap français est aujourd'hui incontestable : Le Combat continue, L’Amour est Mort, Les Princes de la Ville, le Code de l’Honneur, La Fierté des Nôtres, jusqu’à Ouest Side de Booba et aux blockbusters de la Sexion. Je me dis que plusieurs anciens rappeurs français du début du siècle doivent observer son parcours avec regrets et envie. Il ne s’agit pas d’argent ou de célébrité, juste de pouvoir, continuer à exercer son métier quinze ans après. Ces jours-ci, Dry assure les premières parties de Sexion d’Assaut dans des Zénith gigantesques. Il chauffe des salles qui ne lui sont pas destinées mais bien sûr, comme tout artiste, il aspire sûrement à mieux. Ma Mélodie, son dernier single, parle justement d'une carrière "qui fait de l'autostop" et d'un rappeur "dans la lumière, une fois sur deux, tel un stromboscope". Puis il y a cette phrase en guise de happy-end possible pour un artiste que les anglo-saxons qualifieraient "d'industry journeyman" : "Pourvu que ma mélodie fasse le tour du monde" ... Assez improbable, avouons-le. Mais sur le moment, au Divan du Monde, j'avais envie d'y croire. Dry a déjà déjoué tous les pronostics, alors pourquoi pas ? Comme il le chantait dans le temps avec ses potes : tout est possible.

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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 00:28

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A l’origine, les Marx Brothers étaient des punks. Ils renversaient les buffets, violaient le bon sens, coupaient les queues des redingotes et pelotaient Margaret Dumont. Les quatre Marx Brothers originels (oui, Zeppo inclus), c’est un "No Future" crié par des dandys.

 

Mais en 1949, les Marx sont vieux. Groucho anime un jeu télé, Harpo prépare son premier film solo et Chico (mon préféré) est ruiné. Il sera bientôt mis sous tutelle par ses frères en raison de son incapacité maladive à gérer son argent. En attendant, il s’incruste désespérément sur le film de Harpo, Love Happy. Le producteur refuse, sauf si Grouchi se joint à eux. Littéralement supplié, ce dernier se rend sur le tournage en traînant des pieds. Et le désastre pouvait commencer. Présent dans quatre scènes même pas drôles, Groucho a visiblement enregistré toutes ses séquences durant sa pause déjeuner d’animateur télé. D’ailleurs, il n’a même pas pris la peine de dessiner sa fausse moustache mythique. Et s’il croise brièvement Harpo, il ne partage aucun moment avec Chico. Il doit sûrement déjà le maudire pour cette tâche indélébile dans leur filmographie.

 

Car, si Groucho reste digne, les deux autres ont franchement l’air gâteux. Rejouant jusqu’à plus soif les numéros de leur jeunesse (la harpe, l’imper sans fond, l’italien illettré), ils ne se font même pas rire eux-mêmes. Et on prie pour que les vrais Marx, les jeunes, débarquent pour foutre une raclée à ces vieux ringards.  D’habitude, je suis indulgent avec les fins de carrière incertaines mais j’ai très mal supporté Love Happy. C’est triste de voir des génies galvauder leur mythe. En plus, comparé à Chaplin ou Keaton, l'humour des Marx ne reposait que sur l’énergie de la jeunesse et une certaine agressivité. Enlevez ces éléments et leur génie burlesque se dissout automatiquement, laissant de pauvres pantins mimer les signes extérieurs du comique sans en comprendre le sens. A peu de choses près, Love Happy marque la fin des Marx et le début d’une autre ère. Vers le milieu du film, une jeune femme aux épaules nues et à la chevelure auburn débarque dans le bureau de Groucho. Elle a l’air de s’être trompée de plateau. A peine arrivée, elle joue de ses formes, roules des hanches, dit un mot et s’en va. Elle disparaît aussitôt, sans qu’on comprenne ce qu’elle était venue faire là. Une seule réplique, la légende déjà à portée de main ; il s’agissait de Maryline Monroe.

 

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Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 23:24

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Ces acteurs hagards dans un décor trop petit pour eux ne viennent pas de n'importe quel film. Ce sont les acteurs principaux de Plan 9 From Outer Space. Vous excuserez l'absence de l'autre star du film, Bela Lugosi : il était mort depuis trois ans. De la même manière qu'on ne rate pas une étoile filante ou une éclipse de lune, il est inexcusable de ne pas aller voir Plan 9 au cinéma. Le faux "plus mauvais film de l'histoire de l'humanité" sera projeté vendredi 20 avril à la cinémathèque française, à 17 heures pile. J'ai déjà expliqué pourquoi ce film était fascinant, donc je serai bref. Je peux juste dire que vendredi, j'aurai d'autres choses à faire, bien plus importantes, mais je sais déjà que je serai à la cinémathèque. Et vous ?

 

Ecrit, produit, monté et réalisé par Edward D. Wood Jr.

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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 13:15

A propos de A moi seule, Axelle Ropert avait tout dit dans Les Inrockuptibles. Mais ses mots ont une portée beaucoup plus large : "Ici, on n'abandonne pas les victimes à leur sort glaçant d'effroi, pas plus qu'on envoie les bourreaux au pilori. La vie se charge de faire le tri, tandis que le cinéma tend une main secourable"

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Jeudi 12 avril 2012 4 12 /04 /Avr /2012 14:07

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Le vrai sujet du film est escamoté : Laurence Olivier et Marylin Monroe n'appartenaient pas au même monde et leur rencontre ne pouvait que provoquer une pile immense de malentendus. Voilà la base idéale pour un film, une pièce de théâtre, peu importe, mais un concentré d'action dramatique : la confrontation entre deux monuments qui s'épient, se craignent et se provoquent, à défaut de se comprendre. A la place, les auteurs cantonnent Olivier à la tapisserie et préfèrent nous fourguer à la louche des plans de coupe sur une fin de race ébahie, un benêt insupportable qui prend un bain avec Marylin en gardant son slip. Pire, le film prétend rendre hommage à la grâce purement cinématographique de son héroïne et, régulièrement, le réalisateur reproduit les rushes du Prince and the Showgirl, censés nous convaincre du charisme inné de Marylin. Mais tout ce qu'on voit, c'est une actrice méritante et sympathique (Michelle Williams), qui tente de son mieux d'imiter son modèle, reproduit ses moues boudeuses et  singe ses sourires mais qui convainc rarement et n'éblouit jamais. Académique, laborieux, My Week with Marylin voudrait rendre nostalgique mais possède juste l'élégance d'un plat à la piscine municipale.

 

Ecrit par Adrian Hodges

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